Comment Haiti peut s'en sortir

Publié le par JLB


COMMENT HAÏTI PEUT S’EN SORTIR

 

Le 12 janvier 2010 restera un jour à jamais gravé dans la mémoire du peuple haïtien.  Un séisme dévastateur de magnitude 7 sur l'échelle de Richter vient alors de ravager le pays le plus pauvre du continent américain. La capitale, Port-au-Prince, offre une image de désolation totale. Des milliers de morts – 222 500 à ce jour -, quasiment le double de blessés, 500 000 déplacés et des bâtiments en ruine. Le rideau se lève sur ce petit territoire pour nous offrir un spectacle terrifiant. Seuls les survivants, dont certain seront retrouvés deux à trois semaines plus tard - comme Wismund Exantus, employé dans une épicerie, qui a survécu en buvant du Coca-Cola - donnent une lueur d’espoir.

Quelques heures après le séisme qui a dévasté la capitale haïtienne, l'envoyé spécial de l'ONU, Bill Clinton multipliait déjà les interventions sur CNN, publiait un article dans Time Magazine affirmant qu'Haïti n'était pas maudite, et proposait dans le Washington Post, la mise en place d’un plan d'aide pour faire face à 'l'une des plus grandes crises humanitaires de l'histoire des Amériques'. Le 16 janvier, le président des Etats-Unis, Barack Obama, déclarait avoir lancé « l'une des plus grandes opérations de secours » de l'histoire des Etats-Unis, si bien que le déploiement humanitaire et militaire est conséquent. Lula Da Silva, le président brésilien - dont le pays est à la tête de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) et qui détient le plus gros contingent de casques bleus (2 200 hommes) - , a assuré le 25 février lors d’une visite à René Préval, son homologue haïtien, qu’il ferait tout pour aider Haïti "en accord avec le gouvernement légitime" de ce pays qu'il "faut renforcer" puis qu'il modulerait son assistance : "C'est à Haïti de dire ce qu'on doit faire, où le faire, et comment." Il a également appelé la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, à annuler leur dette, estimée à 1,3 milliard de dollars (958 millions d'euros) Le 18 février, Nicolas Sarkozy est le premier président français à visiter l’île depuis 1804 et à annoncer la contribution de son pays dans le futur plan que mettra en œuvre la communauté internationale. Au programme, 326 millions d’euros, dont 56 millions d’effacement de la dette et 100 millions sur deux ans pour aider à l’effort de reconstruction.

Près de deux mois après le séisme, la mobilisation de la communauté internationale commence peu à peu à porter ses fruits. Elle a au moins le mérite de redonner l’espoir à la population et de lui prouver qu’elle n’est pas seule. Haïti doit se relever de cette terrible catastrophe. En attendant la conférence des donateurs prévue le 31 mars, au siège de l'ONU, à New York, trois interviews du Premier ministre haïtien, du maire de Port-au-Prince et d’une ambassadrice extraites du Nouvelliste, du Monde et d’El Pais, nous éclairent sur la façon dont l’ile peut se reconstruire, et donc s’en sortir.

 

 

 

 

LE NOUVELLISTE

(Quotidien haïtien et plus ancien journal francophone du continent américain ; fondé en 1898)

La décentralisation au cœur de la reconstruction

 

Un peu plus d’un mois après le séisme, le Premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive évoque dans un premiers temps, ce qui a fait défaut. D’abord la façon dont l’île a été construite sachant qu’il y a eu beaucoup de morts dans un espace si petit (27 750km2), une population qui n’avait jamais été préparée par manque d’éducation et qui s’est donc rapidement retrouvée désarmée face à une telle situation si imprévisible, une centralisation qui en trente-cinq secondes a fait perdre 30 à 40 % du PIB national parce que tout était concentré sur les 30 ou 35 kilomètres de la zone métropolitaine. Pour le gouvernement, une solution s’impose déjà : non pas délocaliser la capitale – envisagée dans un premier temps – mais reconstruire une capitale sûre pour les habitants en tenant compte de normes précises et en respectant rigoureusement les procédures pour la reconstruction. Des projets d’urbanisme pour la capitale et certaines villes de province qui existaient déjà avant le séisme, pourront être rapidement adaptés à la situation. Quant à la mobilisation internationale, Jean-Max Bellerive reconnaît qu’elle a été conséquente. Cependant, la coordination de la coopération est un problème majeur à Haïti. Or, recevoir une aide massive d’un seul coup est forcément difficile à gérer. Cette aide n’a par conséquent pas  été aussi efficace qu’elle aurait du l’être notamment dans la distribution des denrées alimentaires et des médicaments. Pour le Premier ministre, la situation étant extrêmement difficile, la mobilisation internationale est primordiale pour espérer se relever de cette catastrophe.

 

Lien pour l'interview de Jean-Max Bellerive de Samuel Boucicaut le 16 février 2010

http://www.courrierinternational.com/article/2010/02/16/la-decentralisation-au-coeur-de-la-reconstruction

 

 

 

 

 

 

LE MONDE

"Ce sera aux citoyens de décider de l'avenir de Port-au-Prince"

 

Le maire de Port-au-Prince, Jean-Yves Jason doit relever un difficile défi : la ville doit être reconstruite à 75 %. Fin février, de passage en France, le maire, à la recherche de partenariats avec des villes de l'Hexagone, a reçu une subvention de 1,5 million d'euros  - une somme allouée par Paris, sur trois ans afin d’aider la capitale haïtienne à remettre sur pied son administration et les services municipaux. La municipalité joue un rôle primordial car elle a mis en place une structure de coordination à Port-au-Prince, ce qui lui permet de travailler directement avec la population, de reloger les gens sinistrés et d’organiser la reconstruction. Pour le maire, la municipalité doit impérativement être associée à la reconstruction car c’est la structure la plus proche de la population, la plus à même de répondre à ses besoins.

La décentralisation est donc au cœur de la reconstruction. Jean-Yves Jason rappelle que selon la Constitution de 1987, les communes sont autonomes financièrement et administrativement. Or 80 % des services publics à Port-au-Prince sont actuellement assurés par le gouvernement central. Jusqu’ici les municipalités ont par conséquent toujours été faibles et dotées d’une faible marge de manœuvre. Forcément, elles ont du mal à gérer une catastrophe naturelle.

Le maire vise le renforcement de l’administration municipale pour pouvoir récolter des recettes. Cette visite en France lui permet d’ailleurs de voir la façon dont fonctionne la décentralisations, un apprentissage essentiel pour définir les plans de reconstruction de la capitale haïtienne.

Le maire pense, comme Jean-Max Bellerive, que Port-au-Prince ne doit pas être déplacée mais reconstruite au même endroit. Mais pas à n’importe quel prix. Il propose que des activités soient mises en place à la périphérie de la ville, pour répondre au problème de la concentration de tous les services dans un même endroit, et qui ont été totalement détruits lors du séisme. Sachant qu’il y a 35 comités de quartier qui composent la capitale, Jean-Yves Jason pense qu’il faut que tous les citoyens participent à la définition d’un modèle d’urbanisme.

  

Interview par Grégoire Allix de Jean-Yves Jason-le maire de Port-au-Prince le 25 février 2010
  

http://abonnes.lemonde.fr/ameriques/article/2010/02/25/jean-yves-jason-ce-sera-aux-citoyens-de-decider-de-l-avenir-de-port-au-prince_1311191_3222.html#ens_id=1290927

 

 

 

 

EL PAÏS

 

Yolette Azor-Charles est ambassadrice d’Haïti en Espagne. La reconstruction pour elle, doit passer par le tourisme, qui représente 30% de l’activité économique de l’île et quelques fois de 80 à 100% des salaires en dépendent. Le tourisme comme  l’une des meilleures solutions pour aider à la reconstruction. Mais, comment promouvoir un tel message sachant que la majorité des touristes potentiels ont des images de désolation,  et de mort  en mémoire ? Une proposition polémique car elle s’oppose à la bienséance. Et pourtant, la diplomate ne comprend pas en quoi cela peut être choquant de continuer à faire fonctionner un hôtel si les touristes sont bien là…

Finalement, seul le secteur économique peut se mettre en marche sans avoir besoin d’être activement soutenu par le gouvernement, sachant que tous les hôtels n’ont pas été détruits et que des touristes  - certes minoritaires – sont encore présents sur l’île. Puis, la zone la plus touristique de l’île, Labadee, se trouve à une centaine de kilomètres de l’épicentre et 95% des plages d’Haïti ne sont pas à Port-au-Prince. Outre la promotion du tourisme, Yolette Azor Charles veut montrer qu’Haïti continue d’exister. Les gens ne doivent pas prendre seulement en considération la capitale. Ils ne doivent également , surtout pas oublier cette destination touristique dans les années à venir. Selon l’ambassadrice , le catastrophisme sert à vendre des journaux mais dans le même temps 25% des haïtiens ont été touchés par le séisme. Et les 75% restant dans tout ça ? Le séisme a déjà paralysé le tourisme dans le nord de l’île. Une situation qui ne doit pas se généraliser à l’ensemble du territoire.

 

Lien vers "Ningún español sensato puede pensar que no es moral hacer turismo en Haití" ,

« Aucun Espagnol censé ne peut penser que le tourisme à Haïti est immoral » : Yolette Azor-Charles, ambassadrice d’Haïti en Espagne interviewée par Ana Arasanz le 23 février 2010

 

http://elviajero.elpais.com/articulo/viajero/espanol/sensato/puede/pensar/moral/hacer/turismo/Haiti/elppor/20100223elpepuvia_1/Tes

 

 

 

 

 

Laura Zephirin

 

 

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