Critique musicale par A. Faucher

Publié le par JLB

 

Adrien  Faucher , étudiant en Ecole de Commerce à Dijon est aussi un critique musical .  Passioné ? définitivement ! Processus vous propose ce mois ci la critique d'un rédacteur de critiques musicales montant qui publie pour des sites spécialisés . Parfaitement dans la ligne de la revue Mr Faucher nous a franchement intéréssé : expérience de la critique musicale  , connaissances théoriques profondes de l'histoire musicale des 60 dernières années ( particuliérement le rock et le jazz )  et reconnaissance préalable de ses qualités par des organes spécialistes reconnues .

Mr Faucher se propose ici de faire la critique du dernier album de  Joanna Newsom un des emblémes actuels du Freak Folk . Dans l'état d'esprit de la revue , la problématique est alléchante : Une auteure de Freak Folk , un style généralement attaché à quantités de préjugés , présentée dans une recherche d'objectivité pour saluer  le travail d'une jeune femme qui fait l'unanimité aux Etats-Unis par la rigueur de son travail musical . Tout ça , ça nous plaît vraiment . En éspérant que celà vous plaise aussi :

 

L'année 2010 s'annonce déjà comme celle du Freak Folk. Après le sublime Heartland du génial Owen Pallett et une flopée d'autres sorties dans son sillage, la princesse de cette variante du Folk, marquée par ses enclins mélodiques à l'onirisme, accouche de son troisième album. Et quel album!

Depuis plusieurs années, Joanna Newsom enchante le petit monde de la musique Folk par ses mélopées charmeuses, marquées par la voix bien particulière de la demoiselle, nasillarde à souhait, des compositions sonnant telles de véritables ballades poétiques mais aussi et surtout les talents de harpiste de la jeune américaine. Déjà détentrice d'une oeuvre magistrale qui a par bien des égards suscité les dythirambes de la presse spécialisée et des avis beaucoup plus oscillants entre auditeurs conquis et d'autres insupportés par la voix de la miss, Joanna Newsom s'est imposée au fil des années comme l'une des artistes les plus intrigantes et insaisissables de la scène indie. En 2004, Milk Eyed Mender posait déjà les jalons de sonorités particulières, voguant entre tradition médiévalesque et modernité Folk. On se doutait, à l'écoute de ce premier album, que Joanna Newsom, alors tout juste âgée de 22 ans, avait plus d'un tour dans son sac. Réponse deux ans plus tard avec le prodigieux Ys, magnifique par ses arrangements orchestraux et l'aptitude de chaque morceau à immerger corps et âme l'auditeur dans un univers pictural, féérique et intemporel. Ce qui ressortait par dessus tout de cette galette 5 titres était l'étonnante prise de maturité de sa génitrice, tant par ses vocales plus doucereuses que par la densité des pièces instrumentales. Quatre ans de silence discographique et revoici notre chère harpiste sur le devant de la scène avec Have One On Me, album concept plus insondable que jamais.

Dès l'annonce du concept trois albums, dix-huit chansons, deux heures de musique, on se doutait bien qu'il allait falloir des heures, des jours, des semaines pour se l'apprivoiser comme il se doit. Et bien à l'instar de miss Newsom qui aura pris son temps pour nous congratuler de cet album, on aime à se prendre au jeu, à se laisser voguer et entraîner par la fée enchanteresse des heures et des heures durant. Jamais les aller-retours vers l'univers feutré et boisé de la harpiste n'auront été aussi captivants. On se surprend même à découvrir incessamment de nouvelles subtilités, un agrément cuivré, une note de musique opportune, des inflexions vocales lumineuses, bref tout un univers en constant mouvement. Mouvement qui se retrouve dans la décomposition de l'oeuvre en trois humeurs puisque du disque 1 au disque 3, la musique de Joanna Newsom a le don de nous entraîner au coeur d'une myriade d'émotions. Par sa sensibilité des plus exaltées qu'on lui connaît et qui aura fait jusqu'ici tant de miracles, la miss parfume son oeuvre de senteurs délicates, tourbillonnantes de mélancolie, de quiétude et d'allégresse. Mais Have One On Me, c'est avant tout une oeuvre d'art, un peu à l'image de ce que l'américaine nous avait proposé avec le magnifique Ys. De la pochette qui souligne toute la féminité de la harpiste au visage d'ange, aux textes prolixes de l'auteure, soit de véritables poèmes au vocabulaire et à l'articulation des plus limpides, en passant par les orchestrations du Ys Street Band, guitare, mandoline, banjo, flûte, tambour, violon, violoncelle et même saxophone, hautbois et autre trombone, Have One On Me s'inscrit comme preuve de la maturité toujours plus prégnante de l'américaine. Le voluptueux "Easy" en guise d'entrée annonce clairement la couleur : Joanna Newsom est une artiste complète, aussi talentueuse au piano qu'à la harpe, dont la voix semble d'autant plus maîtrisée, loin des excès aigus, aussi mignonnets soit-ils, qui caractérisaient parfois Ys et bien plus encore Milk Eyed Mender. Dès lors s'ensuit une ballade à travers les âges et les folklores, des dispositions médiévalesques de "'81" et une ribambelle d'autres morceaux aux épopées fantastiques de l'enivrant "Kingfisher" et "No Provenance". Car ce qui surprend dans cette oeuvre prolixe, c'est le mariage improbable entre homogénéité et hétérogénéité, à tel point que la harpiste brouille les pistes et nous invite à nous perdre dans ses contrées luxuriantes et féériques. Hétérogène dans sa combinaison des genres, des instruments, des émotions mais également homogène, dans la durée relativement équivoque de ses différentes pistes et dans la cohérence et les enchaînements parfaits entre chaque morceau.

Quand l'album ne délivre pas des morceaux doucereux, à l'image de "Baby Birch" ou encore "You And Me, Bess" qui sonne tel un écho à "Jog Along Bess" de Vashti Bunyan, sa mère spirituelle avec qui elle a collaboré sur Lookaftering, Have One On Me part dans des pérégrinations aventureuses comme le laisse entendre les géniaux "Good Intentions Paving Company" et surtout "Soft As Chalk" et ses voiles de piano ondulés par la voix de la miss, dans ses plus belles teintes aiguës.

 

Joanna Newsom est surprenante. Quand nous pensions, à juste titre, que la harpiste avait atteint des sommets avec Ys, Have One On Me va plus loin et montre à quel point l'américaine a encore de charmantes incantations à nous livrer. Elle prouve également à cette occasion que la musique Folk recèle de surprises et d'expériences insoupçonnées et fait de ce nouvel album la preuve marquante d'un genre musical qui a encore de passionnantes contrées à explorer.

 

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