Paris XII et l'International Octobre 2009

Publié le par JLB

La  phénomene de gentrification : Le revers de la médaille
                                    L'exemple parisien

    La gentrification des quartiers populaires de Paris est sans aucun doute l’évolution sociologique la plus marquante ayant eu lieu dans la capitale au cours de ces 30 dernières années. Ce processus culturel et géographique a transformé ces quartiers au profit d’une nouvelle bourgeoisie qui s’est progressivement vu attribué le surnom de « bobo » au cours des années 2000. Cependant, ce n’est pas le seul phénomène social à s’être produit dans l’agglomération parisienne. Parallèlement,  on constate un mouvement d’exclusion progressive des populations les plus modestes de la ville centre vers les zones périurbaines voire rurales. Comment expliquer ce phénomène de mise en marge géographique des classes populaires ?
    Apres avoir exposé les faits illustrant ce phénomène nous verrons les raisons de cette migration silencieuse des populations défavorisées vers la périphérie des grandes villes.


    L’observation de l’évolution de la part des ouvriers et employés dans les communes de France à l’échelle nationale permet de faire un premier constat sur situation . La baisse de leur part est quasiment généralisée dans toutes les communes d’Ile de France alors qu’elle augmente fortement dans la plupart des communes frontalières de cette région. Les populations les plus modestes se trouvent ainsi de plus en plus en banlieue éloignée voire en milieu rural. C’est d’ailleurs, en France, à la campagne que l’on trouve aujourd’hui les plus fortes proportions d’ouvriers.
    Parallèlement, la proportion de cadres dans le Paris intra-muros a explosé : en 1954, 15 arrondissements sur 20 comptaient moins de 40% de cadres et de patrons; en 1999, tous ont dépassé ce seuil et 13 arrondissements dépassent les 55% de cadres et patrons. Ce phénomène n’est pas sans rapport avec la fuite en banlieue éloignée des populations les plus modestes.
    La bourgeoisie a tendance à faire augmenter le prix de l’immobilier. Ainsi, en région parisienne les prix varient de 6 000 euros par mètre carré dans les quartiers les plus chers à     1 000 euros dans les périphéries les plus éloignées. Par conséquent, les villes-centres deviennent très rapidement inaccessibles aux populations les plus modestes. En effet, ces populations ne le font pas délibérément, elles le font sous la pression économique causée par l’augmentation des populations les plus aisées dans ces quartiers.
    D’autre part, tout cela se produit dans un contexte d’augmentation généralisée du prix de l’immobilier. Pour exemple, les prix du logement ont augmenté de 50 % à Toulouse et de 40 % à Lille rien qu’entre 1999 et 2004.
   

    A cela s’ajoute une raréfaction de l’offre en logements sociaux. Le parc compte 4 millions de logements pour une population d’employés et d’ouvriers estimée à 7 millions de ménages. La diminution importante de la mobilité des locataires d’HLM (individus quittant leur logement sociale) a contribue également à cette pénurie. Par ailleurs, les destructions, en pleine augmentation, des barres HLM entrainent également la raréfaction de l’offre de ce type de logements. Dans la capitale, s’ajoute un constat : seuls les 6 arrondissements périphériques à l’Est de la ville, du XVIII° au XIV° respectent les 20% minimum de logements sociaux exigés.
    En parallèle, les logements à parc privé accueillant des populations modestes disparaissent progressivement. C’est, avec les HLM, l’autre moyen traditionnel de logement des populations les plus défavorisées dans les centres urbains. On les trouve généralement dans les anciens quartiers ouvriers à l’image du 12e arrondissement de Paris. Au cours de ces dernières décennies ces quartiers ont connu d’importantes transformations pour deux principales raisons:
    D’une part, les OPAH (Opération Publique d’Amélioration de l’Habitat) et les réhabilitations spontanées engagées par les populations aisées de ces quartiers ont contribué à leur valorisation et par conséquent à l’augmentation du prix du foncier.
    D’autre part, les quelques quartiers n’ayant pas connu ce genre de phénomène se sont progressivement spécialisés dans l’accueil des populations immigrées (surtout les vagues d’immigration les plus récentes). De là, une certaine ethnicisassion de ces quartiers se produit entrainant leur  ghettoïsation et par conséquent une baisse artificielle du prix du foncier. Leur valeur étant maintenu en dessous du prix des quartiers avoisinants, les promoteurs immobiliers finissent par racheter le terrain et mènent des opérations de destruction pour reconstruire des logements neufs et beaucoup moins abordables, et donc inaccessibles aux populations les plus modestes.
    Les logements qui jusque là permettaient l’accessibilité des villes-centres aux populations les plus modestes tendent donc à se raréfier.

    Cette inaccessibilité progressive des villes-centres aux populations les plus modestes a des conséquences directes sur la composition sociale de Paris : alors qu’à la Libération, Paris comptait 65% d’ouvriers et d’employés pour 35% de cadres et de patrons, les proportions se sont aujourd’hui inversées. On est passé d’une ville populaire à une ville bourgeoise.
    L’organisation spatiale des composantes sociales a évolué elle aussi. Depuis le 19e siècle les grandes villes étaient structurées dans une opposition Nord-Sud ou Est-ouest. Une partie de la ville était constituée des beaux quartiers à l’abri des rejets néfastes de l’industrie et de l’insécurité, réelle ou supposée, des quartiers populaires ; l’autre, des quartiers populaires, le plus souvent insalubres. A Paris, cette opposition s’observe entre un Est populaire et un Ouest riche. Elle est notamment encore visible par une présence de monuments beaucoup plus importante à l’Ouest qu’à l’Est de la capitale. Bien que ce dualisme persiste, il tend à s’atténuer au profit d’une opposition centre-périphérie. Les centres étant réservés aux populations les plus aisées et la périphérie aux plus démunies.
    Cependant, les classes populaires n’ont pour autant pas disparu des villes centres. Mais leur profil a changé. Face à la raréfaction du parc HLM, la priorité a été donnée aux ménages les plus défavorisés. C’est l’une des raisons de la concentration des populations d’origines immigrées dans ces quartiers, celles-ci étant le plus souvent les plus fragiles économiquement.
   

    Ce constat sur l’évolution de la ville en France semble s’accentuer. En effet, les derniers recensements de l’INSEE, datant de 2006, observent une reconquête du peuplement dans les villes-centres et la proche banlieue. L’aire du temps semble donc être en faveur de la vie en centre urbain. Mais à condition d’en avoir les moyens.
    Cette mise à l’écart géographique joue un rôle considérable dans le sentiment d’exclusion des populations modestes qui se trouvent de plus en plus mises à l’écart des infrastructures urbaines. Ce sentiment d’exclusion s’observe notamment au moment des élections où ces populations sont de moins en moins susceptibles de voter pour un parti de gouvernement, voire à voter tout simplement.
N.B.


Bibliographie:
-GUILLY Christophe, NOYE Christophe, Atlas des nouvelles fractures sociales en France, Autrement, 2004
-MAURIN E., Le ghetto français. Essai sur le séparatisme social ,Le Seuil, 2004
-PINCON - CHARLOT M. et M., Sociologie de Paris, La Découverte, 2004
-http://www.insee.fr/fr/default.asp

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