Comprendre pour Agir , Novembre 2009

Publié le par JLB

  Les castes : Un système de hiérarchisation fondé sur la dichotomie entre pur et im-pur .


 

On peut suivre dans le Veda (dit Rig Veda ) à la strophe 90, X le démembrement sacrificiel du Virat Purush , un être primordial. Le corps fut divisé en trois parties distinctes :i) la bouche d’où viennent les brahmins ii) les bras qui donnent naissances aux Kshatriyas iii) les mains qui font naitre les Vaishyas iv) les pieds donnant quand à eux naissance aux Shudras .

Contrairement à la bouche , les pieds sont ce qui à un rapport avec  l’impur, le sol . Encore en dessous des Shudras on trouve  les « intouchables » (ou parias aussi appelés cudras . )Ils sont aussi appelés dalits c'est-à-dire les « hommes brisés » par des réformateurs comme Ambedkar)ce  sont ceux qui sont répulsifs et même polluants.

Voilà la base posée …

 

Célestin Bouglé dans Essais sur le régime des castes a voulu s’employer à « construire la notion de régime de castes ». Nous proposons de le suivre dans les critères qui permettent de comprendre les distinctions entre individus :

 

1)      La spécialisation héréditaire

-Le brahmane se spécialise dans la vie de l’esprit (prêtre ou agent de l’Etat )

-Le kshatriya : c’est le guerrier . Il doit défendre la société et conquérir des territoires pour la communauté . (on remarquera au passage que les rois sont des kshatriyas)

-Le vaishya est  à l’origine un artisan ou un commerçant ,ensuite ce n’est plus qu’un commerçant l’artisanat étant rattaché aux shudras : Mittal est un vaishya .

-Le shudra est un artisan ou un cultivateur/éleveur

-Les parias doivent quand à eux faire les tâches impures (exemple : le tannage , la cordonnerie , le travail du cuir . On comprend à quel point c’est dégradant car la vache est un animal sacré : on dit qu’elle contient neuf esprits au moins et des esprits puissants)

 

2)      La répulsion mutuelle

Un exemple vaut mieux que de longs discours : En période de famine un Santal se laissera mourir de faim plutôt que de manger la nourriture préparée par un brahmane car il deviendrait un « hors-caste » en mangeant de la nourriture interdite dans sa caste d’origine.

 

 

 

3)      La hiérarchie

Il y a deux choses à retenir : A) Cette hiérarchie ne repose pas sur le pouvoir et la domination mais sur l’éloignement ou la proximité avec l’impureté (qui réside dans la vie animale) B) Cette hiérarchie est à penser comme un certain cloisonnement , on parlera même d’endogamie :on appartient par naissance à sa jati (unité endogame encore plus précise que la caste ) et on se marie surtout (en tout cas à la campagne) entre jatis proches .

Les trois caractères qui définissent les castes s’expliquent tous par l’opposition entre le pur et l’impur (thèse de L. Dumont dans Homo Hierarchicus)

 

« Une société est soumise au régime des castes si elle est divisée en un grand nombre de groupes héréditairement spécialisés, hiérarchiquement superposés et mutuellement opposés , si elle ne tolère en principe ni parvenus  ni métis , ni transfuges de la profession , si elle s’oppose à la fois aux mélanges de sangs ,aux conquêtes de rangs et aux changements de métiers »  C. Bouglé dans Essais sur le régime des castes .

 

Une fois ce synthétique aperçut du système de hiérarchisation, il convient de faire attention :

L’intouchabilité a été abolie par l’Etat et toute discrimination fondée sur le critère de la caste est censé être puni par la loi.  Cela n’empêche pourtant  pas une ségrégation souvent ouverte .

 

Une jeune allemande m’expliqua à Kundapur ,  Karnataka , une situation très difficile à affronter et qui il me semble montre la prégnance actuelle des castes dans la société traditionnelle rurale . Cette jeune  fille travaillait dans un centre d’hébergements d’enfants handicapés  . Elle participait à l’organisation du centre . Rapidement après son arrivée , elle constata qu’au moment du dîner certains enfants étaient à l’écart et  s’ asseyaient  par terre tandis que les autres se tenaient  sur des chaises . Elle comprit que les enfants assis par terre étaient des intouchables. Elle se demanda ce qu’elle devait faire . Mais quoi qu’il, advienne elle était sûre d’une chose : elle ne supportait pas cette injustice . Elle aurait pu faire asseoir les enfants intouchables à côté des autres : sans doute personne n’aurait soufflé mot . Mais le lendemain rien n’aurait changé, ou plutôt se disait elle : le changement que j’apporterais les desservira probablement dés que j’aurais le dos tourné . Elle choisit alors de s’asseoir avec eux , à terre ,  et de manger ainsi .

 

 

Bibliographie :


-Ouvrages :

-D. Colas , Sociologie Politique , Paris ,PUF,2006

      -R. Deliége ,Les castes en Inde aujourd’hui , PUF, Paris 2004

 

-Article :

      - C .  Jaffrelot : La caste à la croisée des chemins,  Hors Série n°3 du Point , L’esprit des civilisations : L’Inde , Paris , Octobre 2008,

 

     - Prise en compte  également de témoignages (notamment un explicitement):   Ashram School Project for disable people (FSL India volunteering )  ,  du 4 au 11 Aout 2008 ,  session dans la semaine de formation à la culture indienne et aux enjeux du volontariat en Inde  ,  se tenant à  Kundapur , ville  de culture traditionnelle de la  province du Karnataka  .

 

JLB 

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