Les théories du libre échange et du protectionnisme

Publié le par JLB

 

Petits éclairages centraux pour l’appréhension du commerce international

 

 

« Le commerce international », difficile de passer à côté d’un tel sujet. Qui que vous soyez vous avez déjà entendu parlé du commerce international. Ce sujet est extrêmement vaste, pourtant dans l’esprit habituel de Processus  il m’a semblé indispensable d’aborder ce sujet.   D’abord pour ce qu’il est essentiel dans la compréhension du monde contemporain. Evidemment je ne peux aborder ce sujet que dans un axe précis. Il m’a semblé qu’une introduction au débat libre-échange/protectionnisme est intéressante mais également très utile pour la compréhension de phénomènes économiques   prégnants visibles quotidiennement.

 

 

Le débat sur le commerce international est structuré dés son origine sur deux théories : le libre-échange et le protectionnisme.

C’est dans la seconde partie du XVIIIème siècle que deux économistes britanniques, Adam Smith et David Ricardo, donnent les premiers outils d’analyse économique au libre-échange. L’allemand List contribue quand à lui à la défense du protectionnisme. On remarquera au passage le lien que peut avoir théorisation et action politique - voire justification de l’action –. On a bien ici la justification d’une politique économique par les voies de la théorie chez Smith (1723-1790) et Ricardo  (1772-1823) d’un côté (le libre-échange permet à la Grande-Bretagne de trouver de nouveaux débouchés) et List (1789-1896)  de l’autre (le protectionnisme permet à l’Allemagne, industrie naissante, de s’unifier à travers une union douanière (Zollverein)). Mais ces penseurs ont  pour autant apporter des outils dont l’une des forces est leur intemporalité.  Ils semblent pouvoir être interpellés de manière diachronique.

 

 

Pour  Adam Smith dans La Richesse des nations (1776), tout pays trouve avantage à importer un produit si son prix d’importation est plus faible que son coût de production. Le pays bénéficie alors d’un avantage absolu dans la production dudit produit, tous les pays peuvent, en outre, profiter de son importation en distribuant au mieux ses ressources domestiques.

L’analyse de Smith butte en ce que tout les pays ne peuvent pas disposer de produits échangeables pour lesquels ils bénéficieraient d’un avantage absolu. Ricardo propose d’introduire le concept d’avantage comparatif.  Tout le monde connait au moins de loin l’exemple du commerce du drap et du vin entre le Portugal et l’Angleterre. Même si un pays n’a pas d’avantage absolu –dans son exemple , l’Angleterre- il a intérêt à se spécialiser dans la production du produit où il dispose d’un avantage comparatif –dans son exemple , le drap .  Le libre-échange est alors préférable à l’autarcie. La libéralisation des échanges est une politique optimale du pays indépendamment de ce que font les autres pays. Une libéralisation unilatérale peut, en ce sens, être suffisante pour assurer des gains de bien-être.

En 1871, David Ricardo avait été le premier à répondre par la positive à la question, «  Un pays trouve t-il avantage à pratiquer une politique de libre-échange même s’il est « moins efficace » que les autres pays ? ». Le prix Nobel d’économie  1970, Paul Samuelson, montre que cette réponse est la moins évidente et la « plus difficile à comprendre de toute l’analyse économique encore en vigueur » (Messerlin sur Samuelson, Commerce international p 31). Mais c’est également, rappelle Samuelson, la conception qui ai eu  le plus gros impact sur la politique économique de ces deux derniers siècles : n’est-ce pas ce qui  a façonné le mouvement de libéralisation des échanges en Europe, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle et même le mouvement mondial de libéralisation des échanges, de 1947 aux tout récent de l’Uruguay Round de 1994. (Qui est, par contre, remis en cause  très ouvertement particulièrement  dernièrement)

On rappellera sur la méthode l’ingéniosité de Ricardo : Celui-ci suit une démarche théorique qui semble se  révéler a posteriori être de loin celle la plus utilisée dans les autres modélisations du commerce international qui l’ont suivies. Ricardo commence par établir les principales relations qui définissent l’équilibre général d’une économie fermée. Ce n’est qu’ensuite, qu’il va analyser les changements que connait cette économie lorsqu’elle s’ouvre au libre-échange (prix relatifs des biens différents de ceux existants en autarcie)

Mais les hypothèses de Ricardo reposent  dans son exemple sur l’immobilité des facteurs de production : le commerce international n’est un avantage que dans un certain rapport d’échange. Cette limite permet de mettre en valeur le théorème « HOS ». 

Le théorème « HOS » est le résultat des travaux de Hecksner (1919), Ohlin (1933) et Samuelson (1950) : il explique la source de l’avantage par une abondance relative des biens de production. Un pays aura tendance à exporter un produit qui utilise de façon intensive le facteur de production qui est chez lui abondant. On comprend que la rémunération de ce facteur est alors  plus basse que dans les autres pays. Si un pays est riche en main-d’œuvre et pauvre en ressources naturelles et en capital, il aura intérêt à se spécialiser dans la production utilisant beaucoup de main-d’œuvre. La libéralisation des échanges profite au facteur le plus abondant. Tandis que sa rémunération augmente peu à peu, le prix de facteurs de production s’égalise au bout d’un certain temps dans les différents pays.

Le prix Nobel d’économie de 1973, Leontief a voulu procéder à une vérification empirique du théorème « HOS », en 1953  (cf.  Son article Domestic production and foreign trade). Leontief pose alors le paradoxe suivant : Quand l’Europe d’après 1945 était exsangue et avait très peu de capitaux, les Etats-Unis ont exporté des produits riches en facteur travail. La réponse est en fait dans la très forte productivité du travailleur américain (alors 3 fois supérieur à celle des travailleurs du reste du monde) : le facteur travail était plus abondant aux Etats-Unis par le haut niveau technologique, les méthodes de management et de production.

Mais le libre-échange pure  n’est pas toujours favorable à une économie  nationale, particulièrement lorsque cette économie n’est pas assez développé relativement aux concurrents du marché. Se pose alors la question d’une protection. 

 

Le protectionnisme est un ensemble de mesures qui permettent la création de distorsions entre le marché intérieur en faveur des unités nationales de production. On distingue : les droits de douanes, les contingentements, les entraves administratives, les protections phytosanitaires, les normes techniques.

L’idée étend que le protectionnisme a un caractère « éducateur » : le pays étant dans une phase où l’industrie n’a pas atteint le même stade de développement que ses concurrents les pouvoirs publics accorde une protection provisoire dans le but de lui permettre de rattraper son retard . C’est bien  un « protectionnisme éducateur » qui fut mis en place XIXème en Allemagne, se révélant d’ailleurs être un succès. De même il est un des éléments essentiels de la stratégie de développement du Japon après la seconde guerre mondiale.

 

Kaname Akamatsu dans l’article Synthetic Dialectics of Industrial Development in Japan (1937) a        propose une formalisation ce type de croissance par la théorie du développement en “vol d’oie sauvage”.

On distingue les étapes suivantes : Le pays exporte, dans un premier, des matières premières, cela lui permet d’acheter des biens de consommation. La politique active de l’Etat  en stimulant la substitution des importations par la production locale permet de passer au second stade. Pour autant le pays a besoin d’importations de biens d’équipement pour fabriquer en masse des biens de consommation. Au fur et à mesure que ces industries maitrisent la technologie, l’effort se porte vers l’exportation des biens de consommation en passant au troisième stade. Le marché national est ouvert petit à petit à des produits étrangers sans différences ni au niveau du prix ni au niveau de la qualité. Arrive un moment où le marché est saturé, à ce moment là l’industrie franchit un nouveau palier dans les produits les plus complexes techniquement, bénéficiant toujours du protectionnisme éducateur, et laissant son ancienne production à des pays moins développés de la zone. Pour le Japon c’est le 4ème stade

 

Le protectionnisme dans le cadre d’une politique commerciale volontariste (Krugman ,1987)

 Certains marchés sont caractérisés par de fortes barrières à l’entrée et par une  forte économie d’échelle, le nombre de producteurs est limité (ex : l’aéronautique). La compétition entre les producteurs existe avant même que le produit soit sur le marché, ceci afin de dissuader le concurrent de fabriquer le produit ce et conforte la rentabilité des investissements de l’entreprise. L’aide étatique peut avoir un rôle déterminant en ce qu’elle renforce la position du producteur national sur le marché. Le protectionnisme peut alors passer par l’application de droits anti-dumping aux concurrents qui est en réalité avant tout une protection du marché intérieur à l’encontre des entreprises étrangères

 

Si la théorie est plus complexe lorsqu’on examine les flux internationaux actuels, le débat reste vif entre libres échangistes et protectionnistes. Ce débat prend d’ailleurs toute son importance avec la globalisation et la force  du thème des délocalisations en France.

  JLB

Bibliographie :

 

Ouvrages

-S. Paquin, La nouvelle économie politique internationale, Cursus, Colin, Paris, 2008

 

-E. Barel, C. Beaux, E. Kesler, O. Sichel , Economie politique contemporaine , Colin ,Paris,2007

 

- Sous la direction de M. Montoussé , Analyse économique et historique des sociétés contemporaines , Bréal , Paris, 2001

 

- Mucchielli, Economie internationale, Hyper Cours, Dalloz, Paris, 2005

 

 

Dictionnaires 

Sous la direction de A. Silem et J.-M.  Albertinie , Lexique d’économie, Dalloz, Paris, 2008

 

Commenter cet article