Club de Rome , rapport Bruntland

Publié le par JLB

A titre d'information : Ces deux fiches , écrites dans un souci de culture générale , ont  ensuite été utilisées comme matériau  pour  écrire un texte   plus vaste pour une rencontre conférence puis débat effectué dans le cadre d'une entreprise de sensibilisation organisée par le Conseil de la Jeunesse du 5ème arrondissement  . Cet événement s'est tenue en Mars dernier à la mairie du 5ème , le conseil étant  accompagné à cette occasion  d'un professeur d'économie de la Sorbonne et d'un représentant d'Info-Energie .  

 

 

 

Fiche 1 ) Club de Rome , croissance zéro et rapport Meadows

 

 

Vous avez entendu parlé , au moins de loin, du Club de Rome, un

groupe de réflexion qui demandait une « croissance 0 » . Mais aborder l’apport du Club de Rome seulement sous cet angle est un peu réducteur. Le Club de Rome c’est quoi concrètement ?

Il s’agit d’un groupe de réflexion international, composé d’industriels, de diplomates et de chercheurs.

Pourquoi les connait-on ?

En 1972, une grande université américaine, le MIT , s’est vu

demandé, par ledit Club un rapport qui s’appelle «The Limits of Growth »

L’équipe de chercheurs du MIT, devant rédiger ce rapport, était

dirigé par D.H Meadows

Quels sont les apports de l'étude Meadows ?

Le développement et l’environnement sont un même enjeu, ils doivent être abordés en tant que problème mondial. Evidemment, il préconise un ralentissement très net de la croissance, mais plus profondément, il demande une redistribution des richesses au niveau mondial.L'un des grands aspects est le caractère volontariste de la politique à mener.

 

Quel est le problème profond ?

Certaines personnes parlent de complot de l’écologisme … Qu’en est-il ? Le Rapport Meadows donne-il des clefs pour la compréhension ?Il n’est pas anodin de rappeler que cette étude s’appuyait sur des simulations par ordinateur d’un modèle de l’écosystème qui se caractérise par 5 paramètres :

La population, la production alimentaire, l’industrialisation, la production et l’utilisation des énergies non renouvelables. Or la dynamique du système mondial, comme il est prévu par Meadows et son équipe, ne peut mener qu’a une dégradation qui finalement débouche sur la destruction du système. Le rapport «The Limits of Growth » a posé les handicapsdu système économique de l’époque. La résolution des problématiques mis en avant par ce rapport est surtout ensuiteune question institutionnelle. En effet, les instancesreprésentatives de tout les pays on tenté d’organiser desrencontres internationales et de proposer des modes d’action par une série de grandes conférences. La première grande conférence se tiendra à Stockholm .

 

 

 

Fiche 2) Le rapport Brundtland

 

Le rapport Brundtland de 1987ne marque pas la naissance du développement durable comme une « chose » sortie de nulle part mais plutôt comme une naissance « symbolique » résultant d’un long cheminement et définitivement d’un rassemblement de grandes problématique qui n’ a pas toujours paru évident. En 1983, l’assemblée générale des Nations Unies décide de créer la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement (Cmed). C’est un groupe de travail composé de scientifiques et du personnel politique de différend pays qui sont

présidés par le premier ministre de la Norvège Brundtland.

La Cmed doit remplir trois fonctions :

a) Établir un diagnostic en ce qui concerne les problèmes d’environnement et de développement et faire ainsi des propositions pour une action efficace.

b)Penser de nouvelles modalités de coopération

internationale qui pourraient renforcer les actions

prévus et de provoquer les changement souhaités .

c) Permettre la mobilisation de l’ensemble des acteurs concernés par les enjeux de l’environnement et du développement .En 1987 la Cmed publie un rapport intitulé « Notre avenir a tous ». Les propositions énoncées font fortement écho a ce que nous avons déjà rencontré auparavant : La biosphère n’est pas immortelle ;Les questions de développement et d’environnement doivent être envisagés ensembles, ainsi, certaines formes de développement dégradent l’environnement, mais un environnement dégradé, peut, inversement, être un obstacle au développement. Ce qu’il faut, nous dit le rapport Bruntland, c’est trouver une solution a une crise qui renvoie a tout les différent domaines considérés : énergie, pollution, sécurité alimentaire, population, destruction progressive de la biodiversité ,changement climatique, etc .. qui sont liés les uns aux autres. La solution est donc le développement durable , c'est-à-dire Non pas un état d’équilibre, mais bien plus, le processus de transformation, de changement ou des aspects aussi important que l’orientation du développement technique, le changement institutionnel, l’exploitation des ressources, et le choix des investissement soient pensés en fonction des besoins autant actuels qu’a venir.

 


 

« Une véritable  révolution copernicienne », Nathalie Heinich sur l’apport de Norbert  Elias  à la sociologie   .

 

Norbert Elias dont l’œuvre fut reconnu assez tard a provoqué des changements importants dans la manière d’envisager la sociologie politique . La dynamique de l’Occident est à ce titre un de ces livres les plus marquants.

 

Norbert Elias est né en 1897, à Breslau , en Pologne  où il suivra des études de médecine et de philosophie et de psychologie  et sera l’élève de Rickert ,Husserl ,et Jaspers . Il s’exile en Angleterre à partir de 1935 et publie dans l’          anonymat le plus complet La civilisation des mœurs. De même sa thèse sur La société de cour, rédigée avant 1933 ne sera publiée en Allemagne qu’en 1969. La véritable réception de son œuvre n’a lieu que dans les années 1970, en Allemagne mais surtout en France à l’instigation , notamment ,des historiens de l’Ecole des Annales . En 1984 il part s’installer à Amsterdam et y mourra en 1990.

 

En focalisant son l’attention sur le passage de la féodalité à la construction de l’Etat moderne, Max Weber avait stimulé une fusion progressive  des points de vue anciens de l’histoire et des points de vue neufs de la sociologie que l’on nomme  aujourd’hui sociologie historique du politique.

C’est dans cette  continuité que Norbert Elias écrit la Dynamique de l’Occident en 1939 ., formulant une conception de la formation des Etats modernes qui s’efforce d’échapper aux pièges symétriques du déterminisme et du subjectivisme L’Etat n’est ni le produit obligé d’une nécessité historique ni le résultat d’une stratégie préméditée.

Il émerge une multitude de projets et de choix qui imbriqués, les uns aux autres, ont donné ,par un long processus,  naissance à des « configurations » largement inédites . L’emboîtement de plus en plus problématique entre les deux matrices l’une  féodale et patrimoniale et l’autre monopoliste et centraliste désignerait ainsi une trame décisive de cette genèse de l’Etat Nation. Selon Elias la construction des Etat occidentaux prend place dans un long processus qui se traduit par un autocontrôle progressif des conduites individuelles et par un refoulement de la violence physique , de moins en moins présente dans la vie sociale , parce que monopolisée par l’Etat .

 

Lorsque Norbert Elias parle de dynamique de la civilisation occidentale il n’envisage pas  une échelle de valeur, une valorisation de la  société occidentale par rapport aux autres civilisations. Faire à Elias la critique suivant laquelle il oppose  « La civilisation » qui serait occidentale  à des formes moins développées (voire à de la barbarie) semble être  une mauvaise interprétation de son analyse .

La civilisation est un processus d’équilibrage des tensions entre les différents groupes sociaux et implique la recherche de la cohésion sociale et du consensus.

 

On peut se demander en quoi La dynamique de l’Occident permet de comprendre les mécanismes qui forment la dynamique même de la civilisation occidentale.

 

En quoi l’Etat moderne tel que nous le connaissons est le point d’aboutissement d’un vaste processus, depuis refoulé, de luttes concurrentielles entre diverses unités de domination? (I)

 

En quoi l’interdépendance croissante des groupes sociaux et la lutte pour le prestige que se livrent la bourgeoisie et la noblesse sont plus largement le laboratoire d’une civilisation de mœurs qui servira de modèle à l’ensemble de la société ?  (II)

 

 

 

 

I- La sociogenèse de l’Etat 

A)  La concurrence territoriale entre les seigneurs féodaux donne lieu à la domination  d’une maison dynastique …

 

 

 Norbert Elias s’attache à analyser le passage d’une société de guerriers à une société de cour.

 

Les conditions de la genèse de l’Etat s’inscrivent dans une configuration de morcellement des pôles de puissances, propre à la société féodale. L’émergence d’une domination de type étatique se comprend en effet par les grandes transformations à l’œuvre dans la compétition entre puissance avec des prétentions territoriales concurrentes se situant dans la période allant de la seigneurie féodale du XIème siècle à l’avènement d’une véritable puissance royale à partir du XVème siècle. La lutte pour la domination menée par les Capétiens et engagée par Louis VI (1108-1137), contre la multitude des maisons féodales a contribué dés le XIIème à la prédominance de cette dynastie. Les moyens de l’accumulation territoriale étaient alors étroitement liés à une compétition de type dynastique et d’une domination patrimoniale. L’expansion territoriale s’effectuait à partir de mariages, d’achats, de conquêtes militaires et résultaient dans une intégration de maisons rivales dans le domaine dynastique alors élargi.

 

 

 

Le processus de formation d’un centre de pouvoir privé

 

C’est dans cette logique qu’en quelques siècles l’ancienne maison royale a finalement imposé sa suprématie au duché de France. Cette position hégémonique s’explique par le déplacement du centre de gravité d’une société de guerriers vers un nombre de plus en réduit de grandes familles de chevaliers et l’accumulation des domaines au profit d’une maison.

Elias constate des cycles d’accumulation territoriale constitués de conquêtes, de batailles et de périodes de consolidation.

 C’est dans le cours de ces cycles que certains concurrents territoriaux sont évincés de la compétition A un certain moment une maison a poussé assez loin ses conquêtes territoriales et on peut constater des effets de passage de seuil. Par exemple les Capétiens parviennent grâce à des stratégies d’acquisition qui peuvent être  matrimoniales, guerrières ou  marchandes- c'est-à-dire à la fois diverses mais imbriquées- à s’imposer dans le royaume franc  d’Occident jusqu’à l’extinction de leur lignée directe au XIVème siècle.

Mais la domination ne correspond  pas inéluctablement à la formation d’un royaume cohérent. Sous le règne des Capétiens se réalise une transition majeure : le passage d’une société d’hommes luttant librement pour l’acquisition des terres, la société de guerriers, à une société où les puissances dynastiques forment peu à peu des ensembles monopolistiques.

 

 

 

 

Remarque : Par son analyse sociogénétique Elias peut analyser des temps très long  et  un phénomène complexe.

 

A cette étape de l’analyse il m’a semblé important de montrer la pertinence d’un propos tel que celui d’Elias . Par l’analyse de la sociogenèse  de l’Etat occidental, Elias envisage des réalités historiques très diverses et très étalées dans le temps. Par une approche synthétique et un souci minutieux d’analyse des mécanismes il apporte une théorie extrêmement ambitieuse en ce qu’il couvre un champ d’investigation très étendu. Par une telle approche il montre l’avantage que peut avoir une réflexion sociologique sur une analyse historique (au moins traditionnelle)  en ce qu’il refuse de se soumettre à l’impossibilité d’avancer un raisonnement global sur un phénomène très large.

En un mot : Il refuse de se soumettre à une sorte de focalisation excessive  qui l’immobiliserait sur le détail et son contexte.

 

La critique du choix d’exemples appartenant essentiellement à l’histoire française

 

On critique souvent le fait qu’Elias a choisi de se centrer sur des exemples de l’histoire française. Si cela engendre nécessairement une limite à son analyse, on peut pour  autant  comprendre ce choix . La France féodale est particulièrement intéressante pour  décrire les mécanismes de formation de l’Etat moderne en ce qu’elle regroupe l’essentiel des éléments qui permettent d’expliquer cette transition majeure contrairement à l’Angleterre ou au Saint-Empire qui ne les possèdent pas tous  .  Dans l’introduction de la première partie du livre Elias n’hésite pas à le mettre en perspective et légitime le choix des exemples français par le fait qu’elle peut constituer un modèle d’analyse elle ce qu’elle permet de voir  assez clairement les mécanismes en jeu .

 

 

 

 

 

 

 

 

 .       B) … mais la concentration des pouvoirs au bénéficie d’ «un centre»  engendre le passage d’un monopole privé à un monopole public.

 

 

 

L’Etat comme lieu de concentration des fonctions de domination

 

Le processus d’accumulation territoriale explique la formation progressive d’un centre par réduction des concurrences territoriales mais ce même processus explique aussi la division croissante des fonctions de domination liée à l’émergence d’un appareil technique permanent et spécialisé : l’appareil administratif. On peut légitiment parler d’Etat à partir du moment où ce changement devient effectif dans l’orientation des luttes sociales. L’Etat se constitue en effet comme ensemble d’activités, de concentration de ressources militaires et financières.

 

 

Le passage d’un monopole privé, la maison dynastique, à un monopole public,  l’Etat

 

 

Peu à peu le monopole privé devient monopole public : en effet le roi ne peut plus à lui seul contrôler, commander et décider dans tout les domaines, une administration centrale se créé et la division des fonctions ne cesse de s’accroitre. Les rapports de pouvoir se modifient : les monopoles (financiers et militaires) passent aux mains de couches sociales de plus en plus nombreuses et le roi  finit par n’être qu’un fonctionnaire .Les chances offertes par le monopole ne sont plus distribuées à l’avantage d’une personne unique mais pour l’intérêt de tout les individus devenus interdépendants, et cette distribution se fait selon des procédures réglées , plus impersonnelles et également plus justes.

Avec la constitution de l’Etat  les luttes de pouvoir ont cessé d’être, au moins en partie des luttes pour l’abolition du monopole de domination, pour devenir des luttes entre fractions élitaires pour l’accès aux positions dominantes dans l’Etat. Ce processus de transformation est marquant aux yeux d’Elias dans la transformation de l’Etat et dans celle du rapport des groupes dominants au pouvoir central. Ces dernières s’observent notamment à travers l’évolution du rôle de l’impôt qui devient une ressource régulière distincte des prérogatives domaniales du roi (Olivier-Martin ,1948). Elles sont visibles également dans l’avènement des fonctions militaires et financières comme espace d’opportunités ou de reconversion intégré aux stratégies d’ascension des groupes élitaires. (Loriga, 1991).

 

 

 

La société de cour comme manifestation de l’équilibre des tensions

 

La société de cour semble la manifestation la plus probante de l’équilibre des tensions et des rapports de forces qui dérive d’une telle interdépendance : le roi en intégrant la noblesse à la cour, rehausse la position et le prestige de celle-ci face à la bourgeoisie en ascension .Par la curialisation, il les empêche également de se coaliser contre lui. Mais ce même roi se voit en même temps de plus en plus contraint dans ses actions, de plus en plus assujetti par l’immensité du réseau sur lequel s’étend sa domination, de plus en plus prisonnier de ce cérémonial et de cette étiquette dont il est l’instigateur.

 

 

 

Analyse de la critique de Bertrand Badie à l’égard de la  thèse d’Elias  sur les concurrences à l’époque  féodale.

 

La thèse d’Elias permet de voir que la structure pyramidale de la féodalité se simplifie par le bas .Les seigneurs se trouvent engagés dans des conflits qui les mettent dans des situations de concurrence de même nature que ce qui s’opère sur le marché pour aboutir à la construction progressive d’un monopole. Mais au-delà d’une analyse économique un peu poussée, la thèse d’Elias souffre pour Bertrand Badie d’une double simplification, limitant d’une part le jeu des seigneurs à une seule logique militaire , et oubliant d’autre part l’entrée dans le jeu  des autres acteurs .

 

 

 

Nous avons compris dans cette première phase de l’analyse que la concurrence territoriale dans le système féodal  qui se joue entre de multiples unités finit par aboutir au terme d’un long processus à la domination d’une des grandes maisons. Mais la formation d’un centre qui détient les monopoles de la domination favorise le passage à un monopole étatique.

 

 

 

 

II- L’esquisse d’une théorie de la civilisation

 

 

La seconde partie de La dynamique de l’Occident  entend dessiner  « l’esquisse d’une théorie de la civilisation » à partir des processus historiques observés. Norbert Elias conceptualise le lien entre « l’organisation de la société en Etat (…) d’une part et la civilisation de l’autre. » Dans cette conceptualisation Elias inclut la question de la « diffusion de l’autocontrainte » qui caractérise à ses yeux le mouvement de civilisation. Il fait également entrer dans sa réflexion le rapport entre le « refoulement des pulsions » et les phénomènes de « psychologisation » et de  « rationalisation ».

 

La civilisation ne correspond pas un produit de la ratio humaine, elle n’est pas un objet voulu   : elle n’est pas produite par l’action rationnelle en finalité dont parle Weber. Elle est ainsi sans début, ni fin, ni but. Pourtant Elias pense qu’envisager à l’instar d’Hegel cet ordre comme une « ruse de la raison » et la  manifestation d’un « esprit supra-individuel » est une erreur. La  « civilisation » est soumise à un ordre particulier celui-ci est l’interdépendance.

 

 

 

 

A)     Dans un contexte d’interdépendances croissantes l’individu est amené à se soumettre à des autocontraintes …

 

 

L’interdépendance est la base du processus de la civilisation en ce qu’elle provoque l’autocontrainte.  

 

Le mouvement de l’histoire obéirait en effet  à un sens « ordonné » à une « logique » : celle de l’extension, de la différenciation et de la complexification sans cesse croissantes des différents  liens d’interdépendances  dans les relations entre les hommes et les groupes qu’ils forment. Ces liens sont  des liens affectifs et familiaux, culturels et symboliques, politiques et militaires mais aussi domestiques et économiques.  Il est à remarquer que l’interdépendance  croissante donne lieu à un ordre plus contraignant que la volonté et la raison.

 

Les interdépendances progressent et se complexifient par la différenciation des fonctions sociales , cette différenciation accrue sous la pression de la compétition pour atteindre le monopole des attributs du pouvoir  . Etant donné l’accroissement de l’interdépendance les comportements d’un nombre de plus en plus important de personnes doivent s’accorder : leurs actes doivent être de plus en plus précisément organisés et planifiés en vue de l’accomplissement de chaque fonction sociale . L’individu est a lors amené à se « contrôler » : le comportement de l’individu lui est inculqué dés sa petite enfance et devient un mécanisme dont il ne peut se défaire , un mécanisme inconscient : l’autocontrainte .

 

 

 

 Le mécanisme d’autocontrainte est stabilisé par l’Etat

 

Le mécanisme d’autocontrainte est « stabilisé » (terme d’Elias) par la constitution des Etats c'est-à-dire : « la monopolisation de la contrainte physique et la solidité croissante des organes sociaux centraux. ». Il semble d’ailleurs que cela corresponde avant tout à la répression de la violence des individus de la société par la mise en place d’un monopole militaire et policier : afin que  dans l’espace civique « l’emploi de la violence ne puisse  être que l’exception ». Se développent donc une maitrise des  émotions et une attention au regard d’autrui. Une des conséquences de la monopolisation de la violence physique est le déplacement des manifestations des pulsions et des émotions d’une lutte entre les hommes vers une lutte intérieure qui fait s’affronter les pulsions de l’individu contre les régles qu’il s’inflige.

 

 

 

L’autocontrainte dans une situation d’interdépendance analysée par Elias trouve des échos très prégnants dans les groupes sociaux contemporains  les plus défavorisés (d’après une expérience personnelle de distribution de repas pendant un mois dans la structure La Mie de Pain)

 

L’analyse d’Elias permet l’appréhension de comportements de groupes dans la société actuelle. Un exemple m’a particulièrement marqué. La Mie de Pain  est la première structure d’accueil de Paris  pour les Sans Domiciles Fixes. Les SDF peuvent y être accueillis dans la limite des places. Ce groupe de personne qui souffre de manques de nourriture et de logement sait par ailleurs qu’elle bénéficie d’une très mauvaise image dans la société. Pourtant lorsque l’on va à La Mie de Pain, les  quelque 600 personnes qui viennent demander un repas  et tenter de se loger pour la nuit chaque soir, font preuve d’une très importante tendance à l’autocontrainte .La Mie de Pain  permet aux SDF de combler certains de leur manques . Il y a bien une dépendance des SDF envers cette institution.  On s’aperçoit qu’un consensus très largement partagé par les SDF accueilli dans cette structure est de faire preuve de calme et de positivité  quoi qu’il en soit. La réalité à l’extérieure du centre n’est pratiquement pas évoquée et il semble ne doit pas l’être. On constate par exemple que l’impolitesse d’un SDF  est une chose remarquée  par le groupe de SDF et très mal jugée par celui-ci. Dans cette même logique seul un pompier est chargé d’intervenir dans la supposition d’un conflit dans la queue pour la cantine et au sein de celle-ci  qui compte 350 places largement occupées.

 

 

 

B)     … qui définissent la légitimation de la supériorité d’un groupe sur un autre tandis que l’homogénéisation de la société  est la tendance globale

 

 

Ce sont essentiellement les processus de rivalité entre les groupes sociaux qui permettent d’expliquer le refoulement des pulsions et l’augmentation de la pudeur. On remarquera que ce refoulement est progressif, il semble donc possible de dégager des étapes :

 

 

 

 

Raffinement des mœurs comme enjeu de légitimation d’une position de « supérieur »

 

 Tout d’abord la curialisation des guerriers remplacés par « une noblesse domestiquée habituée à refouler ses émotions, par une noblesse de cour ». Puis la compétition entre les différentes couches sociales, qui  amène les « supérieurs » à se distinguer des  « inférieurs » par le raffinement de leurs mœurs lorsque leur suprématie n’est plus établie su le plan du pouvoir ou des biens matériels .  On voit  par ailleurs chez Elias que  « les contraintes de la menace physique, de la torture, de l’extermination par l’épée, la misère la faim (…) n’aboutissent pas à la transformation équilibrée des contraintes extérieures en autocontraintes ».

 

 

Homogénéisation des conduites

 

Mais les couches sociales « inférieures »  qui subissent ces contraintes ne peuvent  bientôt plus  à proprement parlé être considérées comme réellement « inférieures ». Elles adaptent elles aussi  peu à peu leurs façon d’être en société aux nouvelles exigences en intégrant les interdits émotionnels qui semblait jusque là appartenir à la couche supérieure et la caractérisée .Il s’agit bien d’une homogénéisation des manières d’être à l’égard d’autrui. 

Mais cette « homogénéisation des conduites » ne résulte pas d’un mouvement à sens unique des élites vers les classes  moins considérés : l’astreinte à un travail régulier autrefois conscrit aux classes « laborieuses » c’est à dire ici aux populations « inférieures » semble s’être étendue à la quasi-totalité de la société.

 

 

 

L’étape de la  reproduction  de la société de cour permet de comprendre le phénomène de « psychologisation »  des rapports sociaux.

 

La reproduction de la société de cour n’est pas uniquement due à la dépendance économique vis-à-vis du monarque -notamment dans le royaume de France. En effet si la noblesse est dépendante du roi, le roi a besoin lui aussi de la noblesse : il partage ses goûts et ses valeurs comme force de distinction et d’opposition à la bourgeoisie. De plus pour la noblesse, les motifs économiques n’auraient joué qu’un rôle second à côté de la priorité qui était de conserver un mode vie et de paraitre qui lui permette de maintenir la distance vis-à-vis des couches ascendantes - en particulier la bourgeoisie - dans laquelle se trouve la noblesse. Les nobles vont donc se faire violence pour raisons sociales : Il s’agira de se maîtriser en régulant rigoureusement ses émotivités  et d’observer les autres –ceux dont on dépend- pour comprendre les motivations de leurs actes mais aussi  afin de prévoir les conséquences de leurs actes. Les rapports sociaux sont ainsi de moins en moins basés sur les affects et sont de plus en plus « neutres » émotionnellement parlant.

 

Elias met bien en cause l’explication rationnelle au profit d’une « naturalité de l’interdépendance », On peut penser à l’allégorie du jeu de go , où le déplacement des positions dans le jeu social conduit à la dominance de groupes à l’origine identiques .

 

 

 

Remarque : L’intégration chez Elias, dans l’analyse, de concepts fondamentaux de la  psychanalyse.

 

Elias intègre l’inconscient, le refoulement, le surmoi- par rapport au moi – et le ça, dans son analyse  une fois dé-naturalisés  . Cette prise en compte de ces outils d’analyse me semble intéressante : D’abord cela va dans la recherche d’un décloisonnement des structures parfois très rigides que l’on peut trouver par exemple chez certains spécialistes en sciences humaines.

Ensuite Elias tient compte de la réflexion de Freud sur les oppositions individu/société comme loi immuable des rapports sociaux et nous permet d’établir que la psychologie freudienne avec ses trois instances intra-psychiques (Moi, Sur-Moi , ça ) coïncide avec un moment très délimité où notre rapport à l’autre s’intériorise et se rationalise . Elias peut ainsi envisage un mécanisme d’auto-contrainte mais en dé-naturalisant les concepts psychanalytiques. 

 

 

 

 

Norbert Elias a retracé dans  son ouvrage, La dynamique de l’Occident , les conditions qui ont  rendu possible l’établissement du pouvoir étatique . La configuration formée par la concurrence persistante entre seigneuries durant l’époque féodale pour le contrôle des territoires débouche sur un monopole privé  des moyens de domination, monopole qui devient publique et étatique par la division croissante des fonctions de pouvoir  . Le  processus  de la formation de l’Etat moderne est donc particulièrement lié à la formation d’un centre et à la division croissante des fonctions de domination. Pour Elias il existe un e corrélation entre les tendances à la monopolisation de la violence physique par des centres de plus en plus perfectionnés , l’intensification des processus de différenciations  d’échanges sociaux , l’élargissement des « chaînes d’interdépendance » et d’autre part le règne de l’autocontrainte , c'est-à-dire l’intériorisation des normes sociales et le refoulement des violences privées .

 

 

 

 

 


 

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