La discrimination positive à l’épreuve des faits : Les ZEP/REP

Publié le par JLB

La discrimination positive à l’épreuve des faits : Les ZEP/REP

 

 

            Si le savoir est une arme, qu’il permet - à qui veut bien s’en emparer – la réussite sociale, encore faudrait-il qu’il soit équitablement accessible à l’ensemble de la population. Face à ce constat d’inégalité la discrimination positive apparait comme une solution.

             Bien que le concept de  discrimination positive comme concept général continue de susciter la polémique dans l’espace publique et médiatique, lorsque , pourtant , on s’intéresse à l’affirmative action dans l’éducation , on constate qu’elle existe dans le domaine depuis bientôt  30 ans. Suite au constat d’inégalité sociale à l’intérieur du système scolaire fait par de nombreux sociologue tels que Bourdieu, Passeron ou encore Boudon, la discrimination positive prend en compte ce fait et y répond de façon très pragmatique : « donner plus à ceux qui ont moins ». Cette approche voit le jour pour la première fois dans les années 1960 aux Etats-Unis, en Australie, en Angleterre ou encore aux Pays-Bas. Cette politique a pour ambition l’équité, en d’autre terme, une intervention active de l’Etat visant à aider ceux qui sont en difficulté dans un objectif d’égalité effective.

            En France cette approche voit le jour en 1981 avec les ZEP (Zone d’éducation prioritaire). Ce sont des zones dans lesquelles sont situés des établissements scolaires (écoles et colléges) dotés de moyens supplémentaires et d'une plus grande autonomie pour faire face à des difficultés d'ordre scolaires et sociales. La ZEP serait en rupture avec l’esprit républicain qui considère le territoire français comme homogène et romprait donc avec l’égalitarisme traditionnel du système éducationnel français. En effet, la mise en place des ZEP repose sur une analyse spatiale des inégalités socio-scolaires et donc la reconnaissance par l’Etat de ces inégalités en question.

            Cette politique d’accession « dopé » à la connaissance des zones en difficulté laisserait présumer le rattrapage du retard scolaire qui y règne. Pourtant les résultats sont loin d’être à la hauteur des attentes initiales. C’est pourquoi nous essayeront ici de faire un bilan de cette politique. Apres avoir rappelé sommairement les enjeux et les causes des inégalités du système scolaires français nous expliqueront pourquoi, dans son ensemble la politique des ZEP accuse jusqu’à présent un bilan globalement négatif.

 

 

            En 1970, les sociologues Bourdieu et Passeron mettent en évidence la théorie de la reproduction. Cette théorie est à replacer dans un cadre théorique marxiste de lutte des classes. Selon ces deux sociologues toute société à besoin de légitimer le pouvoir de son élite, ainsi, sous l’ancien régime, le droit divin et le naturalisme remplissaient cette fonction. A partir du 19e siècle l’école va progressivement prendre ce rôle. En effet, selon les deux scientifiques, l’école reproduit les codes et repaires sociaux de la bourgeoisie. Cette dernière est donc favorisée  dans ce système. A cela s’ajoute le fait que, selon eux, les inégalités sociales se trouvent justifiées par la compétence : la condition populaire ne se justifiant alors plus par des injustices résultant de la lutte des classes mais purement et simplement d’une non-aptitude à la réussite dans les études. Cette perception a cependant une limite : elle ne prend pas en compte la « réussite paradoxale ».

            Mais les deux sociologues ne sont pas les seuls à tenter d’expliquer cette différenciation sociale dans la réussite scolaire. Leur principal détracteur est d’ailleurs Boudon qui développe une explication individualiste des inégalités. L’élève est pour lui un homo-économicus face au « marché de l’éducation ». Il doit faire les choix qui lui semblent les plus rationnels. Mais cette rationalité est variable en fonction du milieu social. Cette théorie valorise particulièrement les moments clés de l’orientation ou  « points de bifurcation » ( troisième, seconde, terminale). Dans cette conception l’organisation institutionnelle des études joue une place centrale.

            D’autres domaines scientifiques peuvent expliquer ces inégalités sociales. Parmi ces sciences on peut évoquer la psychologie du développement. Les inégalités existeraient avant même la scolarisation. Des inégalités de compétence se mettraient en place avec le développement cognitif qui est généralement plus avancé dans les milieux aisés en raison de la présence d’une plus grande variété de stimulations langagières. Cet aspect souligne l’importance de la scolarisation dés le plus jeune âge. On peut aussi noter l’importance de l’effet de contexte, que les sociologues ont mis en évidence ces dernières années : L’enseignant lui-même a un impacte décisif sur les inégalités de réussite. Contrairement à ce que beaucoup pourraient croire un professeur équitable est plus bénéfique, il ne nivelle pas le niveau de la classe par le bas et réduit les inégalités (selon les travaux de Crachay, 2000) La mise en place des ZEP visait donc, à la connaissance de ces inégalités sociales face à la réussite scolaire, à favoriser fortement les populations socialement les moins bien armées. Pourtant, après trente ans de ZEP elles se montrent persistantes. Il s’agit ici de mettre en évidence les principales raisons de cette persistance.

           

 

            Les résultats sont donc globalement négatif ou du moins insuffisants. On peut mettre ici en évidence 4 raisons principales.

 

            Le  premier facteur à prendre en compte est celui du financement. Bien que copieusement financées dans les premières années, les ZEP voient régulièrement leur budget diminuer au gré des ambitions dans ce domaine des différents ministères. Le financement n’a donc pas été continu, ce qui n’a peut que nuire aux objectifs que les ZEP s’étaient donné. Plus marquant, on peut noter que certaines ZEP ont moins de ressources que la moyenne des établissements hors ZEP selon les études de Moisan et Simon en 1997. Globalement ce financement est quand même présent et a permis notamment de réduire l’effectif des classe, mais celui-ci est en dessous des objectifs fixés à l’origine.

            Mais le bilan mitigé des ZEP n’incombe exclusivement à son financement. La pédagogie des enseignants est également mise en cause. L’accent est porté sur « l’extraordinaire » : les activités dites « concrètes » (sortie etc…). Cela a pour effet de détourner les élèves, notamment ceux en difficulté, de l’apprentissage classique qui est pourtant indispensable à l’amélioration des performances scolaires et donc à l’ascension sociale. A cela s’ajoute la perception que les enseignants ont de leurs élèves. La majorité d’entre eux ont des aprioris plus ou moins prononcés sur leurs élèves. Ce qui va directement conditionner leur ambition et  leur attentes à leur encontre. Dans les faits on observe ainsi une ambition pédagogique moins importante envers leurs élèves mais aussi une sous évaluation de leur niveau. En somme le label « ZEP » réduit donc  les attentes des enseignants.

            Par ailleurs on constate une ségrégation interne plus marqué que dans les établissements hors ZEP. Cette ségrégation est, d’un ordre général, plus marqué que la ségrégation inter collège. Elle est le résulta td’une stratégie des parents dits  « cultivés » visant à rassembler leurs enfants entre eux. Ce procédé voit le jour grâce aux classes de langue allemande ou encore les parcours européens. Des classes plus homogènes prennent alors forme à l’intérieur de l’ensemble des collèges et de façon exacerbée dans les ZEP : on a d’un coté les moyen et faibles, et de l’autre l’élite. Cette ségrégation est d’ailleurs entretenu par la majorité des administrations des ZEP dans le but d’éviter que les parent de ces élites ne partent tout simplement de  l’établissement. Cet aspect fait l’objet de notre dernières sous partie.

            Il s’agit donc de l’accentuation de la mise en concurrence des établissements. Grâce au contournement de la carte scolaire (fausse adresse, inscription à des options disponible que dans certain établissements etc…), les parent des classe moyenne et supérieures mettent en place, sans s’en rendre forcément comptes, une concurrence entre établissements en tenant de mettre leur enfant dans les établissements dis « de bonne réputation ». Bien que le système des ZEP ne soit pas directement responsable de ce 4e facteur, un établissement estampillé ZEP est automatiquement disqualifié de cette compétition qui ne dit pas son nom. Les ZEP  ont automatiquement une réputation d’établissement « mal fréquenté ».

 

 

            La politique  des ZEP, qui fêtera ses 30 ans l’an prochain est dans les aspects présentés un échec. Elle n’a pas sut résoudre le problème des inégalités sociales faces à la réussite scolaire. Cependant cette politique ne doit pas pour autant être abandonnée. Une augmentation du budget, une réorientation de l’éducation sur des enseignements fondamentaux ou encore une limitation de l’effet d’annonce qui nuit automatiquement à la réputation des établissements ZEP sont des pistes misent en avant par les spécialistes .

 

N. Bonnefille

 

Bibliographie :

 

Ouvrage :      

Merle Pierre, La démocratisation de l’enseignement, La Découverte, Paris, 2009

  Bouveau Patrick, Rochex Jean-Yves , Les ZEP entre école et société, CNDP, Paris, 1997

 

Revue

Fabrice Hervieu-Wane,, Éducation prioritaire, un bilan des zep , numéro spécial ,Que vaut l’école en France , Sciences Humaines n°186,Octobre 2007

 

Sites Internet 

http://www.vie-publique.fr

http://www.insee.fr

 

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