A tout le bonheur de savoir qu’il reste tant de belles choses à sentir dans les bibliothèques …

Publié le par JLB

 

 

« Le mot même de « culture » est devenu suspect justement parce qu’il désigna cette  poursuite de la perfection   qui pour Matthew Arnold n’était autre que la poursuite de la douceur et de la lumière. » Hannah Arendt in La Crise de la Culture, sa portée sociale et politique

 

Knowledge is power donc … Pouvoir, mais pouvoir de quoi ? Une culture comme utilitaire , comme ligne dans un CV ?

 « Apprenez la philosophie occidentale en 100 pages »  … des livres pour briller en société … des fiches encore des fiches …

Ma grand-mère m’a dit un jour ce dicton : « excès de biens ne nuit pas ». Mais la culture n’est pas  un bien de consommation, un enrobage « gracieux » pour vendre : la culture n’est pas un classeur de fiches pour l’expert en communication .Et, si tout est culturel, que reste t-il de culturel ?

L’homme qui se cultive  est vu comme un snob qui débite des flots de mots  de sophistes. Pourquoi ne peut-on parler de Musset sans qu’on nous parle d’utilité de manier le pathos ? Ne peut-on s’intéresser à Godard ou à Rohmer que  parce qu’ils donnent de petites leçons de vie, qu’on calquerait dans la réalité ? Est-ce que lire ce n’est pas avant tout une expérience en soi ?

On peut empiler les fiches certes mais dans quelle utilité finalemement ?

D’abord il me parait important de rappeler que la culture ce n’est pas un bien comme un autre –si c’est un bien d’ailleurs. Ensuite je suis sûr que la culture doit être envisagée avant tout comme « en soi » et que cela mène –le paradoxe est une tromperie : il n’existe pas – à agir en connaissance de cause et non dans –pire que l’absence d’information peut-être - la désinformation.

 

Il y a un voile, un voile qu’on croyait léger et qui se révèle épais, et dur à ôter : ce n’est pas une faiblesse.  Le livre est là, posé, volumineux sur le bureau avec son titre qui fait rire ceux à qui on en parle. Pourquoi en parler d’ailleurs ? Sartre disait qu’il reconnaissait la profondeur et l’intérêt d’un ouvrage à la difficulté qu’il éprouvait à le lire. Il arrive qu’on lise des livres très prenants qui nous retournent comme des histoires d’amour , on veut poser sur papier ses apports mais la feuille reste blanche . . . La fiche de deux pages aurait-elle donner l’utile quand la lecture  de l’ouvrage donnerait « un peu moins de temps pour m’amuser enfin » ?

 La Bible en version distrayante ? Nietzsche l’inventeur du surhomme nazi ? C’est plus simple effectivement et puis il ne  faut pas « chipoter ».Pourquoi la culture est-elle utile ? Justement parce qu’elle n’est pas utile. 

 

 

La culture est trop vaste et les bibliothèques sont  parfois angoissantes et puis il faut vivre. L’alternative est souvent posée de manière étrange : d’un côté le génie définie comme tel et enfermé par l’autre dans son altérité, de l’autre l’homme normal qui doit vivre. Une question : Si le génie est une donnée biologique, une essence, le bébé-génie est-il né avec la BNF dans sa tête ? Les sujets sérieux sont « fatigants », ils sont  « assommants » car on parle de ceux-ci tout le temps dans les médias et il est difficile de ne pas avoir honte de ne pas comprendre et  de ne pouvoir dire en 5 minutes dans une soirée arrosée ce qu’est la glocalisation, il y va de l’ego … mais les mots ont plus qu’un sens ils ont un pouvoir et ce pouvoir ce n’est pas de conquérir le monde c’est, espérons, de le comprendre pas pour le redéfinir, le révolutionner, ou même finalement le changer (dans ce que ce terme à d’absolu)  mais pour faire acte de ce qu’il est : c'est-à-dire une complexité inouïe pleine d’incroyables possibles.

 

JLB

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