Vision Polymorphe Septembre 09

Publié le par JLB

La réforme de santé américaine : Obama en difficulté ?



Obama est déterminé à être le président qui réussira à réformer le système de santé le plus cher du monde, un système à  la fois coûteux et inefficace. Les Républicains veulent en faire le "Waterloo" du gouvernement. Des concessions importantes ont déjà été consenties aux lobbies.

 15% des Américains ne sont pas couverts soit l’équivalent de 46 millions de personnes. Et pour cause, aucune assurance n’est proposée par l’entreprise. D’autres ne sont pas éligibles aux programmes publics, ou bien pensent à prendre une assurance seulement le jour où ils tombent malade . Au problème des non assurés s'ajoute celui des mal assurés : ceux qui cotisent tous les mois depuis dix ans mais qui, le jour où ils ont besoin d'un traitement cher peuvent se voir annuler leur contrat. Pour Obama, il ne s'agit pas d'imposer une nationalisation totale de l'assurance mais de donner le choix entre une option privée, davantage réglementée, et une option publique.

 Baisse des prix et honnêteté

 Dans le secteur privé, d'abord, la réforme prévoit que les assureurs n'aient plus le droit de refuser un client, ou de lui faire payer plus cher pour des questions d' âge ou de santé. Ils seraient également obligés de fournir une couverture minimale. Par ailleurs, tous les employeurs (sauf les plus petites entreprises) seraient obligés de proposer une assurance, sous peine de payer une taxe supplémentaire. Pour ce qui est de l'option publique, destinée à ceux qui ne peuvent pas se payer de couverture privée, Obama veut étendre le programme qui existe déjà pour les plus de 65 ans, le Medicare. Créer une assurance publique qui ferait concurrence au privé est en effet selon lui « le meilleur moyen d'obliger les compagnies privées à baisser leur prix et à être honnêtes ». Le coût de l'extension de la couverture est évalué à 1 000 milliards de dollars sur dix ans.                                                                              A l’issue de son discours sur le contenu de cette réforme, prononcé le 9 septembre devant les deux chambres réunies en Congrès, la presse écrite nationale et étrangère en ont résumé les pistes et ont tenté quelques fois de les analyser avec recul.

Le Figaro et le Monde estiment que Barack Obama a tenu bon. Son discours aurait était attendu par une presse sceptique. Il était donné comme le début de la retraite par les républicains, qui croyaient l'option publique enterrée. Le résultat a été tout autre. Le président aurait développé ses objectifs, tenté de rassurer les personnes âgées, tendu la main une nouvelle fois aux républicains, mais maintenu sa détermination. A la déception de la gauche, il n'a pas fait une condition sine qua non de l'option publique. Il a repris une idée de John McCain, son adversaire à l'élection présidentielle, mais n'a rien cédé sur ce qu'il juge essentiel : l'assurance-maladie sera obligatoire. Obama a parlé sans agressivité en soulignant les faits aux républicains: 900 milliards c’est moins que la guerre en Iran et en Afghanistan, et moins que les réductions d'impôt consenties par l'administration Bush aux classes aisées.

Libération  se concentre sur les difficultés de la mise en place du projet et évoque même « l’angle mort de la réforme Obama .» En confiant cette tâche aux parlementaires, et en cherchant à tout prix un accord bipartisan sur cette question, il aurait placé les clés de la réforme entre les mains du lobby de l’assurance maladie, ayant contribué financièrement aux campagnes de nombreux députés, notamment démocrates. Cette puissante industrie craint plus que tout une réforme qui augmenterait les pressions concurrentielles. La réforme passerait sous silence la compensation des risques. Sur n’importe quel marché, la concurrence conduit à ce que le prix de vente reflète le coût de production. Mais le coût d’un contrat n’est rien d’autre que la dépense de soins anticipée, qui dépend de l’état de santé de l’assuré. Imposée par la concurrence, la tarification au risque conduit à ce qu’une personne souffrant de maladies chroniques lourdes devra payer une prime d’assurance bien plus élevée qu’une personne en parfaite santé. Injuste et inefficace, cette situation doit se corriger par une régulation publique adéquate. Celle-ci peut prendre la forme d’une subvention, versée à chaque assuré, dont le montant dépend de son état de santé; la subvention permet alors aux plus malades de payer une prime rendue prohibitive. L’autre voie possible de compensation des risques est d’encadrer strictement les primes, d’imposer une taxe aux assureurs couvrant une population en bonne santé, et de subventionner ceux qui protègent les plus fragiles.

El pais rappelle que cette réforme marquera inévitablement la présidence d’Obama et qu’avec elle « se joue une bonne partie de son prestige et de sa crédibilité. » En effet, Richard Nixon et Bill Clinton s’y sont risqués et ont échoué. Aujourd’hui une certitude s’impose, Barack Obama est bien le président de la conciliation, ouvert à toutes les propositions aussi bien démocrates que républicaines. Cette réforme ne sera pas facile à voter et à mettre en place. Il faudra attendre des années avant d’en mesurer les conséquences sur le système de santé. Le fait d’avoir pris conscience de la nécessité de changer les choses est déjà bon signe.

 

Le système de santé américain en chiffres

 

-27 000 décès évitables chaque année

-77 millions d'Américains de plus de 19 ans auraient des difficultés pour payer leurs factures médicales

-10 ans, c’est le temps qui reste avant que le montant des dépenses de santé s’élève à un cinquième de la richesse nationale alors que le système américain ne figure qu'en  37ème  position du classement mondial de l'OMS

-2000 milliards de dollars par an de dépenses de santé (soit 16% du PIB du pays contre 11% en France)

 

Laura Zephirin

Publié dans Vision polymorphe

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