Les Arts d'Hier , Aujourd'hui et Demain Août 09

Publié le par JLB

Metropolis De Fritz Lang

 

 

Le film Metropolis de Fritz Lang est actuellement considéré par la majorité des cinéastes et des historiens du cinéma comme l’un des plus grands chefs d’œuvre du cinéma du XXe siècle. Et pourtant, rien n’aurait annoncé une telle destiné au moment de sa sortie, en 1927, où il fut vivement critiqué. Ainsi, Herbert George Wells, l’auteur de la Guerredes Mondes (1898), écrit qu’« il  ne croit pas possible que l’on puisse faire un film aussi bête, […] qui concentre à peu près tous les clichés, toutes les bêtises, toutes les platitudes imaginables sur le progrès mécanique » (dans le New York Times, 1927). Fritz Lang dénigre lui aussi son film car il n’aimait pas le leitmotiv du film (à savoir que le cerveau et la main ne peuvent rien sans le cœur, le médiateur) et la fin jugée inadéquate -la réconciliation des classes- mais voulue par les producteurs dans un contexte socio-économique difficile en Allemagne. Immense échec commercial, son coût faramineux ruina la société de production qui le finançait, l’UFA (la plus importante société de production allemande). Il semblait, dès lors, que le film aurait été vite oublié par tout un chacun.

 Il n’en a rien été, cette reconnaissance mondiale tant attendue arriva plusieurs décennies après. Pour comprendre cette destiné insoupçonnée, nous nous tacherons d’expliquer les raisons de cette reconnaissance mondiale.

 

 


 

            Avant toute chose, nous devons faire un point sur le contexte de la réalisation de Metropolis. Fritz Lang est un jeune réalisateur qui connait quelques succès en Allemagne, surtout avec Le Docteur Mabuse (1922, en deux parties). Dans une interview donnée plusieurs années après, Fritz Lang dit qu’il eut l’idée de tourner ce film en voyant les gratte-ciels new-yorkais du haut de son dirigeable en 1924. En fait, le président de l’UFA négocia avec les studios américains afin de distribuer des films allemands aux Etats-Unis. Pour y parvenir, les studios allemands durent accepter d’adapter leurs techniques cinématographiques à ceux de leurs partenaires commerciaux et le film de Lang aurait été le premier film diffusé de la sorte. Porteur de tous les espoirs, l’UFA produit un des films les plus chers de l’époque alors qu’elle est déjà mal en point.

Le film connaît avant même sa sortie des ennuis : considérer comme trop long (3h10 min au départ), le film est coupé par les producteurs avant sa sortie américaine (plus de 1h30 min de film sont ainsi retirés). Il existe de nos jours plusieurs versions du film dont celle de Giorgio Moreder de 1984 et celle de la Fondation Friedrich Wilhelm Murnau (link ). Cette dernière reste la plus longue et tente d’être le plus fidèle à la vision du réalisateur : l’équipe rechercha entre 1987 et 2001 les différentes séquences du film sans parvenir à tout reconstituer.

 


 

Le scénario de Metropolis fut bien accueillie par la critique . Inspiré du roman de Thea Von Harbou, la femme de Friz Lang, l’histoire se déroule en 2026 dans une métropole à la fois futuriste et ségrégationniste où Joh Fredersen règne d’une main de fer du haut de sa tour. Les hommes de la ville haute, riches oisifs, abondent dans le faste et le luxe. Ils  domine la société tandis que les ouvriers, sorte d’esclaves de ce monde moderne, vivent dans les sous-sols et entretiennent sans arrêt les machineries de la ville. Un jour, Freder, le fils du despote de la ville, rencontre dans le jardin des plaisirs Maria, une inconnue. Désirant la rencontrer à nouveau il la suit dans les entrailles de la cité, là il se rend compte de la vie épouvantable des ouvriers que son père a toujours tenté de lui cacher. Arrivé dans une grande salle il voit une immense machine, une explosion s’ensuit, tuant des ouvriers.  S’ensuit alors un moment crucial , sorte de vision révélétrice : Un monstre dévore les victimes sacrifiées à l’hôtel du systéme militariste : la machine se goinfre de ces victimes qui , privé de dignité semble avoir perdu toute identité propre .Sous le choc , Freder retourne à la surface pour parler des conditions de vie et de travail des ouvriers : mais –evidemment – personne ne veut l’entendre.  

De retour dans les profondeurs de la cité, Freder remplace un ouvrier harassé dans sa tâche : faire tourner les deux aiguilles d’un cadran. Lui-même n’arrive pas à suivre le rythme infernal. A la fin de la journée, il se rend à une réunion secrète où Maria  plaide pour l’entente entre les classes et demande aux ouvriers en colère de patienter jusqu’à l’arrivée du Messie libérateur.

 Pendant ce temps, Joh Fredersen, le maître de la ville, rejoint Rotwang, une sorte de scientifique-alchimiste, qui le mène lui aussi à son tour à cette réunion secrète. Le dirigeant de la ville craint que la tournure des évènements ne provoque la chute du système et il ordonne à son fidèle Rotwang de créer un robot avec les traits de Maria. L’alchimiste feint de l’aider mais il a d’autres plans en tête. Le robot échappe au contrôle de Joh et va même jusqu’à  encourager les ouvriers à se soulever. Dans leur rage ils détruisent les machines ce qui inonde les quartiers d’habitation d’ouvriers où les enfants sont restés seuls. Les machinistes prennent conscience de leur erreur et veulent revenir en bas, la fausse Maria brûle sur un bûcher après être redevenu un robot.

La Maria de chaire , quant à elle ,gardé prisonnière par Rotwang s’enfuit et, avec l’aide de Freder, aident les enfants à remonter à la surface. Rotwang la poursuit dans église gothique.  Mais Freder intervient monte sur le toit de l’église et affronte le scientifique .En voyant cette scène, son père ressent la première émotion de sa vie . Le despote  tombé du toit,  la réconciliation devient possible : Freder (le cœur), le fameux Messie tant attendu, sert d’intermédiaire entre Joh Fredersen (le Cerveau) et le contremaître (le chef des ouvriers-la Main). Par cet acte un nouveau contrat social est établi entre les deux groupes opposés.

 


 

Malgré une histoire jugée trop simpliste, les sujets abordés dans ce film sont importants et certains sont toujours d’actualité. Nous n’en citerons que quelques uns. En premier lieu, la lutte entre la minorité d’exploiteur et la masse d’exploité. Thème au cœur du film, cette lutte des classes fait référence au contexte difficile dans les villes allemandes (surtout à Berlin). Entre 1921 et 1925, l’inflation enrichit une faible part de la population (on parlait alors de « profiteurs ») face à une population ouvrière nombreuse qui s’appauvrit. Le réalisateur inscrit cette séparation dans l’espace urbain entre la population de la ville haute, (Joh habite dans la nouvelle Tour de Babylone, la plus grande de ces tours), et la masse ouvrière condamnée à vivre en sous-sol. La réconciliation ne s’effectue que dans un lieu « neutre », sur le parterre d’une église à niveau du sol. Fritz Lang témoigne d’ un phénomène urbain probant : les grands chamboulements dans la répartition de la population entre les villes et les campagnes dans les sociétés les plus industrialisés entre la fin des années 20 et le début des années 30 (le taux de population des villes dépasse celui des campagnes).

 Or, sans suivre ce schéma vertical, la séparation géographique dans l’espace urbain est toujours visible dans nos sociétés modernes. Suivant cette logique, l’être humain lui-même est divisé entre l’esprit (le Cerveau) et le physique (la Main). Le film pose la question de l’évolution sociale dans ce cadre dynamique. A force de séparer les tâches et les fonctions ne pourrait-on pas atteindre cette séparation ? Au final, le vrai débat porte sur la place de l’homme dans une société avancée technologiquement mais où l’homme ne devient qu’un rouage de la machine. Le plus bel exemple est celui où Freder prend la place d’un ouvrier et fait bouger les aiguilles d’une horloge indiquant les 10 heures de travail ! L’homme perd non seulement son indépendance et sa part d’humanité mais L’Homme se fond à ce moment avec la machine.


 

La femme tient une place essentielle dans le' roman et reste prépondérante dans le film. D’un côté, Maria représente l’idéal féminin (la pureté, la virginité, la beauté, la patience, la conciliation). Face à elle, son double maléfique, Futura, qui est à la fois séducteur, provocateur, manipulateur et inhumain. Pour autant, cette femme-robot subjugue le public lorsqu’elle danse dans un cabaret bien que ces mouvements répétitifs et saccadés à l’image d’une machine. Elle est en fait la créature fabriquée par les hommes et n’a rien à voir avec la femme. Leur science et leur haine la voue à la destruction de tout ce qui est bâtit: elle représente la peur liée à la machine et aux créations technologiques qui échappe au contrôle de son créateur.

 

Ce dernier thème sera fortement exploité par un genre dont Metropolis n’est que le précurseur: la science-fiction. L’idée de la déshumanisation des machines, de la perte de contrôle et de la menace qu’elles entrainent se retrouvent dans de nombreux films tels dans 2001, l’Odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick, Blade Runner (1982) de Ridley Scott (c’est le film qui reprend le plus les idées de Metropolis, mais, inséré dans un univers totalement différent) ou encore Matrix (1999) des frères Wachowski. Un autre exemple est l’univers aseptisé de Georges Lucas dans THX 1138 (1971). La société vit dans une immense ville souterraine, chacun portent les mêmes habits blancs, le crane rasé et un numéro d’identification leur sert de nom (Cela rappelle les ouvriers du film habillés tous de la même façon et portant un numéro). Encore une fois, l’homme semble voué à rester esclave de la technologie. C’est film ne sont que quelques exemples très célèbres de thèmes abordés aussi par les romans de science-fiction (ce type de romans pullule après la Seconde Guerre Mondiale). 

Dans un autre registre, pour son film Les Temps modernes (1936) Charlie Chaplin s’est certainement inspiré des scènes où Freder voit pour la première fois de sa vie le travail des ouvriers et celle où il manœuvre les aiguilles d’une machine en forme d’horloge à la place d’un ouvrier. En bref, si l’œuvre de Fritz Lang n’a pas inventé ce genre il reste cependant la base de travail de bon nombre de cinéastes qui s’en sont inspirés.

 


 

Génie visuelle, Fritz Lang impose sa vision personnelle de cette métropole futuriste. L’influence du cinéma expressionniste allemand se fait ressentir. Ce courant se mit en place à la fin de la Première Guerre Mondiale dans une Allemagne qui se remet difficilement de cette défaite. Cette forme reflète, en somme, cet état d’esprit général par l’intermédiaire des thèmes abordés: la folie (Rotwang, personnage monstrueux et dément), la trahison (Rotwang trahit Joh Fredersen), la mort (mort des ouvriers dans l’usine-monstre). Les décors abstraits et déformés sont repris dans la séquence dans la maison du scientifique fou. Les cadrages obliques caractéristiques de ce cinéma sont aussi présents… En revanche, Fritz Lang l’oppose à l’architecture linéaire et organisée de la métropole: le réalisateur fait affronter l’abstrait et la réalité, le noir et le blanc, l’absurde et la logique. Il joue sur les oppositions pour mettre en valeur ce qu’une intrigue jugé trop plate à son goût ne peut pas permettre d’accomplir.

A ce la s’ajoute la vision grandiose des plans du film et ils démontrent le contrôle absolu du cinéaste sur sa création (ce sont plus de 35 000 figurants engagés, de nombreux décors et maquettes conçues dans le seul but donner vie à sa vision !). Tout ces éléments en font un film à part, entre plusieurs courants qui explique l’intérêt suscité  pour son travail.

 

 

Le succès posthume de Metropolis de Fritz Lang n’est pas un hasard. La conjonction de la qualité visuelle, artistique et des thèmes précurseurs ou intemporels ont été la clé du succès, à long terme, de la première œuvre inscrite sur le Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO en 2001. On ne peut que s’étonner que cette vision du futur, sans avoir suscité un grand intérêt il y a plus de 80 ans, prennent de nos jours une place prépondérante dans un monde où règne la technologie.

 

 

 

P.-E. D.

 

 

Metropolis

De Fritz Lang

 

 

 

Le film MetropolisGuerredes Mondes (1898), écrit qu’« il  ne croit pas possible que l’on puisse faire un film aussi bête, […] qui concentre à peu près tous les clichés, toutes les bêtises, toutes les platitudes imaginables sur le progrès mécanique » (dans le New York Times, 1927). Fritz Lang dénigre lui aussi son film car il n’aimait pas le leitmotiv du film (à savoir que le cerveau et la main ne peuvent rien sans le cœur, le médiateur) et la fin jugée inadéquate -la réconciliation des classes- mais voulue par les producteurs dans un contexte socio-économique difficile en Allemagne. Immense échec commercial, son coût faramineux ruina la société de production qui le finançait, l’UFA (la plus importante société de production allemande). Il semblait, dès lors, que le film aurait été vite oublié par tout un chacun. de Fritz Lang est actuellement considéré par la majorité des cinéastes et des historiens du cinéma comme l’un des plus grands chefs d’œuvre du cinéma du XXe siècle. Et pourtant, rien n’aurait annoncé une telle destiné au moment de sa sortie, en 1927, où il fut vivement critiqué. Ainsi, Herbert George Wells, l’auteur de la

 Il n’en a rien été, cette reconnaissance mondiale tant attendue arriva plusieurs décennies après. Pour comprendre cette destiné insoupçonnée, nous nous tacherons d’expliquer les raisons de cette reconnaissance mondiale.

 

 

Metropolis, une vision de l’avenir ?

 

            Avant toute chose, nous devons faire un point sur le contexte de la réalisation de Metropolis. Fritz Lang est un jeune réalisateur qui connait quelques succès en Allemagne, surtout avec Le Docteur Mabuse (1922, en deux parties). Dans une interview donnée plusieurs années après, Fritz Lang dit qu’il eut l’idée de tourner ce film en voyant les gratte-ciels new-yorkais du haut de son dirigeable en 1924. En fait, le président de l’UFA négocia avec les studios américains afin de distribuer des films allemands aux Etats-Unis. Pour y parvenir, les studios allemands durent accepter d’adapter leurs techniques cinématographiques à ceux de leurs partenaires commerciaux et le film de Lang aurait été le premier film diffusé de la sorte. Porteur de tous les espoirs, l’UFA produit un des films les plus chers de l’époque alors qu’elle est déjà mal en point.

Le film connaît avant même sa sortie des ennuis : considérer comme trop long (3h10 min au départ), le film est coupé par les producteurs avant sa sortie américaine (plus de 1h30 min de film sont ainsi retirés). Il existe de nos jours plusieurs versions du film dont celle de Giorgio Moreder de 1984 et celle de la Fondation Friedrich Wilhelm Murnau. Cette dernière reste la plus longue et tente d’être le plus fidèle à la vision du réalisateur : l’équipe rechercha entre 1987 et 2001 les différentes séquences du film sans parvenir à tout reconstituer.

 

 

Deux équipes d’ouvriers se relaient.

 

Le scénario de Metropolis fut bien accueillie par la critique . Inspiré du roman de Thea Von Harbou, la femme de Friz Lang, l’histoire se déroule en 2026 dans une métropole à la fois futuriste et ségrégationniste où Joh Fredersen règne d’une main de fer du haut de sa tour. Les hommes de la ville haute, riches oisifs, abondent dans le faste et le luxe. Ils  domine la société tandis que les ouvriers, sorte d’esclaves de ce monde moderne, vivent dans les sous-sols et entretiennent sans arrêt les machineries de la ville. Un jour, Freder, le fils du despote de la ville, rencontre dans le jardin des plaisirs Maria, une inconnue. Désirant la rencontrer à nouveau il la suit dans les entrailles de la cité, là il se rend compte de la vie épouvantable des ouvriers que son père a toujours tenté de lui cacher. Arrivé dans une grande salle il voit une immense machine, une explosion s’ensuit, tuant des ouvriers.  S’ensuit alors un moment crucial , sorte de vision révélétrice : Un monstre dévore les victimes sacrifiées à l’hôtel du systéme militariste : la machine se goinfre de ces victimes qui , privé de dignité semble avoir perdu toute identité propre .Sous le choc , Freder retourne à la surface pour parler des conditions de vie et de travail des ouvriers : mais –evidemment – personne ne veut l’entendre.  

De retour dans les profondeurs de la cité, Freder remplace un ouvrier harassé dans sa tâche : faire tourner les deux aiguilles d’un cadran. Lui-même n’arrive pas à suivre le rythme infernal. A la fin de la journée, il se rend à une réunion secrète où Maria  plaide pour l’entente entre les classes et demande aux ouvriers en colère de patienter jusqu’à l’arrivée du Messie libérateur.

 Pendant ce temps, Joh Fredersen, le maître de la ville, rejoint Rotwang, une sorte de scientifique-alchimiste, qui le mène lui aussi à son tour à cette réunion secrète. Le dirigeant de la ville craint que la tournure des évènements ne provoque la chute du système et il ordonne à son fidèle Rotwang de créer un robot avec les traits de Maria. L’alchimiste feint de l’aider mais il a d’autres plans en tête. Le robot échappe au contrôle de Joh et va même jusqu’à  encourager les ouvriers à se soulever. Dans leur rage ils détruisent les machines ce qui inonde les quartiers d’habitation d’ouvriers où les enfants sont restés seuls. Les machinistes prennent conscience de leur erreur et veulent revenir en bas, la fausse Maria brûle sur un bûcher après être redevenu un robot.

La Maria de chaire , quant à elle ,gardé prisonnière par Rotwang s’enfuit et, avec l’aide de Freder, aident les enfants à remonter à la surface. Rotwang la poursuit dans église gothique.  Mais Freder intervient monte sur le toit de l’église et affronte le scientifique .En voyant cette scène, son père ressent la première émotion de sa vie . Le despote  tombé du toit,  la réconciliation devient possible : Freder (le cœur), le fameux Messie tant attendu, sert d’intermédiaire entre Joh Fredersen (le Cerveau) et le contremaître (le chef des ouvriers-la Main). Par cet acte un nouveau contrat social est établi entre les deux groupes opposés.

 

 

Joh Fredersen, le maître de Metropolis.

 

Malgré une histoire jugée trop simpliste, les sujets abordés dans ce film sont importants et certains sont toujours d’actualité. Nous n’en citerons que quelques uns. En premier lieu, la lutte entre la minorité d’exploiteur et la masse d’exploité. Thème au cœur du film, cette lutte des classes fait référence au contexte difficile dans les villes allemandes (surtout à Berlin). Entre 1921 et 1925, l’inflation enrichit une faible part de la population (on parlait alors de « profiteurs ») face à une population ouvrière nombreuse qui s’appauvrit. Le réalisateur inscrit cette séparation dans l’espace urbain entre la population de la ville haute, (Joh habite dans la nouvelle Tour de Babylone, la plus grande de ces tours), et la masse ouvrière condamnée à vivre en sous-sol. La réconciliation ne s’effectue que dans un lieu « neutre », sur le parterre d’une église à niveau du sol. Fritz Lang témoigne d’ un phénomène urbain probant : les grands chamboulements dans la répartition de la population entre les villes et les campagnes dans les sociétés les plus industrialisés entre la fin des années 20 et le début des années 30 (le taux de population des villes dépasse celui des campagnes).

 Or, sans suivre ce schéma vertical, la séparation géographique dans l’espace urbain est toujours visible dans nos sociétés modernes. Suivant cette logique, l’être humain lui-même est divisé entre l’esprit (le Cerveau) et le physique (la Main). Le film pose la question de l’évolution sociale dans ce cadre dynamique. A force de séparer les tâches et les fonctions ne pourrait-on pas atteindre cette séparation ? Au final, le vrai débat porte sur la place de l’homme dans une société avancée technologiquement mais où l’homme ne devient qu’un rouage de la machine. Le plus bel exemple est celui où Freder prend la place d’un ouvrier et fait bouger les aiguilles d’une horloge indiquant les 10 heures de travail ! L’homme perd non seulement son indépendance et sa part d’humanité mais L’Homme se fond à ce moment avec la machine.

 

Freder dans la peau d’un ouvrier.

 

La femme tient une place essentielle dans le' roman et reste prépondérante dans le film. D’un côté, Maria représente l’idéal féminin (la pureté, la virginité, la beauté, la patience, la conciliation). Face à elle, son double maléfique, Futura, qui est à la fois séducteur, provocateur, manipulateur et inhumain. Pour autant, cette femme-robot subjugue le public lorsqu’elle danse dans un cabaret bien que ces mouvements répétitifs et saccadés à l’image d’une machine. Elle est en fait la créature fabriquée par les hommes et n’a rien à voir avec la femme. Leur science et leur haine la voue à la destruction de tout ce qui est bâtit: elle représente la peur liée à la machine et aux créations technologiques qui échappe au contrôle de son créateur.

 

Ce dernier thème sera fortement exploité par un genre dont Metropolis2001,l’Odyssée de l’espaceBlade RunnerMetropolis, mais, inséré dans un univers totalement différent) ou encore MatrixTHX 1138 n’est que le précurseur: la science-fiction. L’idée de la déshumanisation des machines, de la perte de contrôle et de la menace qu’elles entrainent se retrouvent dans de nombreux films tels dans (1968) de Stanley Kubrick, (1982) de Ridley Scott (c’est le film qui reprend le plus les idées de (1999) des frères Wachowski. Un autre exemple est l’univers aseptisé de Georges Lucas dans (1971). La société vit dans une immense ville souterraine, chacun portent les mêmes habits blancs, le crane rasé et un numéro d’identification leur sert de nom (Cela rappelle les ouvriers du film habillés tous de la même façon et portant un numéro). Encore une fois, l’homme semble voué à rester esclave de la technologie. C’est film ne sont que quelques exemples très célèbres de thèmes abordés aussi par les romans de science-fiction (ce type de romans pullule après la Seconde Guerre Mondiale). 

Dans un autre registre, pour son film Les Temps modernes (1936) Charlie Chaplin s’est certainement inspiré des scènes où Freder voit pour la première fois de sa vie le travail des ouvriers et celle où il manœuvre les aiguilles d’une machine en forme d’horloge à la place d’un ouvrier. En bref, si l’œuvre de Fritz Lang n’a pas inventé ce genre il reste cependant la base de travail de bon nombre de cinéastes qui s’en sont inspirés.

 

 

Rotwang le créateur et sa création Futura.

 

Génie visuelle, Fritz Lang impose sa vision personnelle de cette métropole futuriste. L’influence du cinéma expressionniste allemand se fait ressentir. Ce courant se mit en place à la fin de la Première Guerre Mondiale dans une Allemagne qui se remet difficilement de cette défaite. Cette forme reflète, en somme, cet état d’esprit général par l’intermédiaire des thèmes abordés: la folie (Rotwang, personnage monstrueux et dément), la trahison (Rotwang trahit Joh Fredersen), la mort (mort des ouvriers dans l’usine-monstre). Les décors abstraits et déformés sont repris dans la séquence dans la maison du scientifique fou. Les cadrages obliques caractéristiques de ce cinéma sont aussi présents… En revanche, Fritz Lang l’oppose à l’architecture linéaire et organisée de la métropole: le réalisateur fait affronter l’abstrait et la réalité, le noir et le blanc, l’absurde et la logique. Il joue sur les oppositions pour mettre en valeur ce qu’une intrigue jugé trop plate à son goût ne peut pas permettre d’accomplir.

A ce la s’ajoute la vision grandiose des plans du film et ils démontrent le contrôle absolu du cinéaste sur sa création (ce sont plus de 35 000 figurants engagés, de nombreux décors et maquettes conçues dans le seul but donner vie à sa vision !). Tout ces éléments en font un film à part, entre plusieurs courants qui explique l’intérêt suscité  pour son travail.

 

 

Le succès posthume de Metropolis de Fritz Lang n’est pas un hasard. La conjonction de la qualité visuelle, artistique et des thèmes précurseurs ou intemporels ont été la clé du succès, à long terme, de la première œuvre inscrite sur le Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO en 2001. On ne peut que s’étonner que cette vision du futur, sans avoir suscité un grand intérêt il y a plus de 80 ans, prennent de nos jours une place prépondérante dans un monde où règne la technologie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source des images:

http://www.filmsactu.com/film-metropolis-9345.htm

 

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