Paris XII et l'International Août 09

Publié le par JLB

Janus-Créteil : Créteil une ville à deux visages

 

Lorsqu’on l’observe sur une photo aérienne, la ville de Créteil ressemble  à une ville de Banlieue comme une autre. Un mélange de quartiers pavillonnaires, de cités et de zones industrielles traversées par des voies rapides et des lignes de chemin de fer. Comme pour toutes ces villes, certains aspects  de la commune de Créteil marquent plus les esprits que d’autres : Ce sont surtout ses voies rapides, ses tours ainsi que son palais de justice et son centre hospitalier universitaire, dont on entend régulièrement parler aux informations, que l’on imagine lorsqu’on pense à la préfecture du Val-de-Marne. Si cette représentation n’est pas fausse, elle est incomplète. Nous verrons ici que malgré l’existence de cet aspect de la ville, que les « choux » illustrent parfaitement, un visage plus ancien, plus pittoresque, de la ville est aussi présent.

 

 

Le premier janvier 1968 le Département du Val-de-Marne est créé en application de la loi du 10 juillet 1964. Créteil devient alors la préfecture de ce nouveau département. Mais la commune manque cruellement d’infrastructures, de services et de logements. Pour y remédier et dans le but de faire de la ville un nouveau pôle d’attractivité a l’échelle de l’agglomération parisienne, l’Etat investi alors dans la construction du « nouveau Créteil ». Pour cela une vaste opération d’aménagement va être  entreprise sur les 800 hectares vacants du sud de la commune.

A cette époque la politique de grands ensembles, appliquée depuis l’après guerre, commence à être remise en cause. Plusieurs aspects lui sont reprochés : Uniformité et monotonie de l’aménagement, manque, voir absence de services mais aussi les carences cruelles en transport que la majorité de ces ensembles connaissent. Le nouveau Créteil tente de répondre à ces problèmes. L’un des aspects les plus visibles de la prise de conscience des limites de cette politique est probablement la division du projet en 8 quartiers distincts : chacun aménagé par un architecte différent. Chaque quartier est doté de commerces de proximité et de services. A cela s’ajoute une concentration des services dans la nouvelle préfecture : Université, palais de justice, le CHU (centre hospitalier universitaire) Henry Mondor. D’autres nouveaux concepts comme la séparation de la circulation automobile de la circulation piétonne occupent une place importante dans l’aménagement de ce nouvel espace

Le quartier du Palais est l’un des 8 quartiers créé à cette époque. Il est sans doute plus connu que les autres pour l’architecture pour le moins atypique des tours que l’on y trouve. C’est en effet dans cette partie de la ville que se situent les fameuses « tours maïs », que d’autre appellent encore les « choux ». Le projet est confié à l’architecte Gérard Granval. Il garde l’idée en tête que le projet qui lui est confié doit rompre avec l’uniformité. Ce qui fait incontestablement l’originalité de ces tours - hormis leur forme cylindrique qui pose notamment  problème à leurs habitants dans l’agencement de leurs meubles - est l’aspect de ses balcons. Ils participent à donner cet aspect végétal aux tours maïs. Leur concepteur considérait que l’habitant devait  pouvoir s’approprier son balcon, ce qui, pour lui, était impossible tant que ceux-ci étaient exposés au regard indiscret des passants et des voisins. Ces coques de bétons pré-moulées  créent ainsi  un sentiment d’intimité à leurs habitants.

 

 

Alors que le sud de la ville est marqué par l’esprit des politiques urbaines des années 1960-70, le nord, plus ancien, doit son développement au mouvement d’urbanisation  pavillonnaire qui eu lieu en banlieue parisienne à partir du 19e siècle jusqu’à la seconde guerre mondiale. En plus du centre historique de la ville que l’on reconnait facilement grâce à l’Eglise de Créteil et sa rue piétonne, on y trouve un élément central dans le patrimoine du Val-de-Marne : la Marne.

La Marne nous ramène à une époque où la zone qui recouvre l’actuel Val-de-Marne, était encore en très grande partie rurale. Nous sommes alors dans la seconde moitié du 19e siècle. Une série d’éléments va favoriser l’attractivité « touristique » de l’affluent de la Seine: Tout d’abord, face aux exigences de l’industrialisation, le cours d’eau, longtemps sauvage (en témoigne la présence de nombreux moulin à l’époque), est progressivement apprivoisé avec la construction de plusieurs barrages visant à faciliter et sécuriser la navigation. Cela va contribuer à façonner l’aspect paisible des lieux. D’autre par, la mise en service d’une ligne de train en 1859 partant de la gare de Bastille (actuel opéra Bastille) et suivant en grande partie le tracé de l’actuelle lige de RER A à St-Maur, rapproche  considérablement les lieux de la capitale. Enfin l’aspect pittoresque des lieux, en grande partie épargné par les industries, ne manque pas de séduire les parisiens en quête de lieux reposant.

Tous ces éléments vont contribuer à  faire des bords de Marne un lieu très prisé, amplement peint et décrit par de nombreux artistes du 19e siècle tels que Coppée, Zola, Pissarro, Marquet, Balzac, Flaubert, Cézanne et bien d’autres. Outre la Marne les guinguettes sont un élément central de ce paysage. Ces établissements  qui apparaissent à partir du 17e siècle dans les bourgs voisins de Paris tels que Belleville ou Montmartre où le vin est vendu sur place, de telle sorte que l’octroi n’était pas payé. Avec l’annexion des communes voisines de Paris en 1860, ces guinguettes émigrent plus loin et notamment sur les bords de Marnes.

Bien que la ville de Créteil n’ait pas autant été marquée par cette époque que des villes comme St-Maur-des-Fossés on trouve des traces concrètes de ce passé révolu. Notamment sur les 4 îles à proximité du pont de Créteil. Parmi elles L’ile de Brise pain où se trouvait un moulin dont seul les fondations sont encore présentes. L’île sainte Catherine, où se trouvent également les fondations d’un moulin construit en 1793, abrite d’autre part un restaurant, typique de l’âge d’or des bords de Marne,  le restaurant du « petit cochon de lait », rebaptisé depuis restaurant du domaine sainte Catherine. Il est évoqué par Victor Hugo dans un poème intitulé Choses écrites à Créteil. D’autre part, plusieurs maisons prennent un aspect proche de celui d’un chalet, un style très prisé à la fin du 19e siècle pour qui faisait construire son pavillon.

 

 

Créteil est à l’image de nombre de ces villes de banlieue dont la représentation que l’on s’en fait est trop souvent résumé par l’ urbanisation hâtive et souvent maladroite d’après guerre. Il ne s’agit pas de dénoncer cette période mais de ne pas oublier que la banlieue  ne se résume pas qu’à des  mers de pavillons sans histoires et de cités à problèmes.

 

N B

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